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9 janvier 2022 7 09 /01 /janvier /2022 17:15
Houellebecq, écrivain religieux ?

La fin du christianisme social et culturel constitue l’un des faits les plus massifs de notre modernité occidentale. Paradoxalement cependant, cette disparition se produit dans une sorte d’absolue indifférence, tout juste interrompue par quelques discussions aimables entre experts de la sociologie religieuse et croyants désormais minoritaires.

De ce point de vue, l’œuvre de Michel Houellebecq fait figure d’exception. Ses romans ont pour trame ce « double effacement de l’univers culturel jadis structurant et de la réflexion sur ses causes et ses effets », comme le note le sociologue Yann Raison du Cleuziou dans ce livre collectif stimulant sur l’écrivain et la question de la foi.

→ CRITIQUE. « Anéantir », de Michel Houellebecq, extinction du domaine de la lutte

L’ouvrage, affirme l’introduction, veut moins s’interroger sur la foi problématique de l’individu Houellebecq que «sonder l’horizon religieux de son œuvre, explorer cette brèche qui fissure l’étouffant enfer de la modernité telle qu’il la représente ». Voire ! Car les deux sont intimement liés. Le lecteur est autant interpellé par la réflexion sur le devenir d’une société où n’existe plus de « religion quelconque », que touché par la quête personnelle et désespérée d’un écrivain marqué au fer rouge par le constat pascalien de « la misère de l’homme sans Dieu », et traquant désespérément, à travers ses personnages, la présence d’un signe divin…

Sur le premier aspect, Michel Houellebecq dresse le constat dans La Possibilité d’une île : « rien, jamais, ne peut avoir d’importance historique comparable au développement d’une nouvelle religion, ou à l’effondrement d’une religion existante ». La religion est alors vue comme un système théologico-politique, unique ciment possible du corps social. De ce point de vue, sa vision religieuse est plus une nostalgie d’un ordre révolu, ce que confirme sa critique féroce – et assez drôle – des « cathos de gauche », accusés d’une forme d’apostasie, par leur rejet de l’ordre moral lié au christianisme.

L’islam aurait-il plus d’atouts ? Soumission peut prêter à des lectures diverses, mais l’aspect quasi caricatural dans ce roman de la démonstration d’une France où la fraternité musulmane aurait remplacé la fraternité chrétienne ou républicaine a du mal à convaincre.

Compagnon de route

Pour l’islam, comme le christianisme, on a le sentiment que Houellebecq connaît lui-même toutes les limites d’une religion réduite à un rempart social et une doctrine politique. Mais c’est pourtant bien dans cette recherche d’une réponse à la désintégration d’une société que se place sa quête personnelle d’un Dieu. Un Dieu qui est aussi un Dieu amour, christique, comme en témoigne la fin dérangeante de Sérotonine.

→ CRITIQUE. Michel Houellebecq, assiette froide

Peut-on pour autant faire de Houellebecq un écrivain catholique ? Non, mais bien une sorte de compagnon de route des croyants, dont il épouse les désirs en restant sur ses propres frustrations. Vouloir, mais ne pas pouvoir : on pourrait ainsi résumer le rapport de l’écrivain au religieux. « Dieu ne veut pas de moi, il m’a rejeté », dit-il lors d’un entretien. C’est dans cette brèche justement que, miracle de l’écriture, il tisse ses plus belles pages mystiques, dans un lien déchirant avec l’au-delà. Un au-delà pour lequel les personnages féminins, seules capables de générosité et de don de soi jouent le rôle de passeuses. Lui permettant d’entrevoir fugitivement l’existence de ce Royaume inaccessible.

https://www.la-croix.com/Culture/Houellebecq-ecrivain-religieux-2022-01-05-1201193294

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