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22 février 2022 2 22 /02 /février /2022 07:59

Article paru dans L'Express

Une polémique bien actuelle est née au Royaume-Uni, autour du choix de l’actrice Helen Mirren pour incarner le personnage de Golda  Meir dans un film annoncé pour 2022. Signe des temps, les médias outre-manche préfèrent parler de ce débat plutôt que du sujet véritable : à savoir le film lui-même, et l’intérêt que la figure de Golda Meir continue de susciter, plus de quarante ans après sa disparition. La parution d’une autobiographie inédite en français est l’occasion de nous interroger sur les raisons pour lesquelles “Golda” demeure toujours digne d’intérêt aujourd’hui.



 

Helen Mirren dans le film Golda de HBO. (Crédit : Jasper Wolf)

 

Le livre La maison de mon père, qui retrace la jeunesse et les débuts de l’engagement politique de Golda Meir, aux Etats-Unis puis dans la Palestine mandataire des années 1920, est intéressant à plusieurs titres. On y trouve la description d’une génération - celle de la Troisième Alyah - qui a vu édifier plusieurs institutions essentielles du Yishouv, comme la Haganah (ancêtre de Tsahal) ou la Histadrout, puissante centrale syndicale qui tenait lieu “d’Etat dans l’Etat” avant 1948 - et des valeurs fondatrices du sionisme travailliste, aujourd’hui moribond.

 

On y voit également l’émergence d’une femme politique de premier plan, dont le rôle dans l’édification de l’Etat est incontesté, même si son aura a pâli après la Guerre de Kippour, qui a mis fin à sa carrière. Mais on y voit aussi une conception du féminisme qui mérite sans doute d’être prise au sérieux, malgré la distance temporelle et culturelle qui nous en sépare. “Le fait est que j’ai vécu et travaillé toute ma vie avec des hommes, mais que d’être une femme n’a jamais représenté pour moi un obstacle, en aucune façon. Non, je n’en ai jamais ressenti ni malaise ni infériorité, ni pensé pour autant que l’homme est mieux loti que la femme – ou que c’est un désastre que de donner le jour à des enfants…” écrit-elle.

 

Comme l’explique Pnina Lahav, auteur d’une biographie de Golda Meir au titre significatif, “La seule femme dans la pièce”, Golda Meir se différenciait d’autres femmes de sa génération, membres comme elle du “Conseil des femmes pionnières”, par une attitude plus réservée envers la cause féministe. Sa conception du “féminisme constructif” - qui revendique l’égalité des droits et des devoirs sans pour autant renoncer à rien de l’identité féminine - est moins radicale que celle d’autres militantes sionistes socialistes, aux yeux desquelles le combat des femmes avait préséance sur l’édification d’une patrie juive.

 

Ainsi, écrivait Golda dans un article publié au début des années 1930, “Il est difficile de considérer de manière positive le courant féministe dans lequel la ségrégation basée sur le sexe est considérée comme unee grande réussite. L’hostilité envers les hommes chez certaines féministes peut prendre des formes odieuses, comme lorsqu’elles interdisent aux hommes de prendre part à leurs délibérations.  Ou encore, dans son autobiographie plus tardive : “Je ne suis pas une grande admiratrice de cette forme particulière de féminisme qui se manifeste par les autodafés de soutien-gorge, la haine de l’homme ou les campagnes contre la maternité”.

 

Le paradoxe de l’attitude de Golda Meir envers la cause féministe peut être résumé ainsi : elle a d’une part joué un rôle important dans le “Women’s empowerment” au sein du mouvement sioniste, lequel était tout autant imprégné du modèle patriarcal que la société juive traditionnelle dont il prétendait s’émanciper. Mais elle a aussi accepté dans une certaine mesure la place prépondérante des hommes, et notamment de David Ben Gourion - son mentor - tout en lui reprochant implicitement son machisme, qui ressort à travers sa fameuse déclaration (“Golda est le seul homme de mon gouvernement”). 

 

Ou, pour dire les choses autrement, son “féminisme constructif” ne lui a pas fait jeter le bébé du sionisme travailliste avec l’eau du bain du pouvoir masculin. Le féminisme revendiqué par Golda Meir est, comme on le voit, bien éloigné des mouvances féministes plus radicales qui ont connu depuis le succès que l’on sait. La lecture de ses souvenirs de jeunesse n’en est que plus instructive pour découvrir le parcours de la troisième femme devenue Premier ministre - et la seule à ce jour en Israël.

https://www.lexpress.fr/actualite/idees-et-debats/le-feminisme-selon-golda-meir-etre-une-femme-n-a-jamais-ete-un-obstacle-pour-moi_2168429.html

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