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Je remets en ligne cet article sur Veza Canetti, écrivain que le public francophone a pu découvrir grâce à la traduction de Lea Marcou, dont le neveu Jonathan Sandler et ses enfants ont été assassinés à Toulouse par un djihadiste français.

 

vVEZA-CANETTI.jpg Veza Canetti est née à Vienne en 1897, dans une famille juive. Passionnée de littérature, elle rencontre son futur mari, Elias Canetti (Prix Nobel de littérature 1981) dans une conférence de Karl Kraus. Elle commence à écrire dans les années 1930, publie dans la revue socialiste Arbeiter Zeitung et figure dans une anthologie de la Jeune prose allemande. En 1939, les Canetti s'exilent à Londres, où Veza écrit Les Tortues. Accepté par un éditeur anglais, le livre ne sera toutefois pas publié en raison de la guerre, qui interrompt les débuts littéraires prometteurs de Veza. En 1956, celle-ci détruit tous ses manuscrits dans un geste de désespoir et renonce à l'écriture. Elle meurt à Londres en 1963, sans avoir quasiment rien publié de son vivant. C'est seulement en 1990 que son premier livre, La rue jaune, est publié à Munich (traduit en français en 1991 chez Maren Sell). Depuis cette date, quatre livres de Veza Canetti sont parus en France, chez quatre éditeurs différents.

 

Les Tortues, paru il y a quelques mois chez Joëlle Losfeld, dans une magnifique traduction de Léa Marcou (à qui on doit déjà la traduction du beau roman de Charles Lewinsky, Melnitz, que nous évoquions dans ces colonnes), raconte la montée du nazisme en Autriche, à travers le regard plein d'ironie d'un couple d'intellectuels juifs. Il s'agit d'un roman à part entière qui doit être lu comme tel, comme l'explique Fritz Arnold dans sa postface. Il cite Elias Canetti, qui parle de sa femme : "Ce qui lui importait, c'étaient les choses réelles, comme elle disait, les gens qu'elle connaissait. Inventer n'était pas son affaire... Mais il s'est produit un phénomène très étrange : tous ces personnages ont l'air inventés..." Un critique superficiel a pu écrire qu'il n'y avait rien de nouveau dans ce livre. Or c'est exactement le contraire : tout y est neuf. On a beau avoir lu des dizaines de livres, essais ou romans, décrivant la même période, on s'aperçoit en lisant Les Tortues que l'on ne savait rien, ou plutôt on a l'impression de découvrir ce qu'était le nazisme. C'est d'autant plus remarquable que ce livre est écrit en 1939, avant la conférence de Wannsee et la Solution finale, et pourtant Veza Canetti décrit l'état d'esprit nazi et le comprend beaucoup mieux que nous, avec soixante ans de recul, ne le comprendrons jamais.

 

Le titre du livre évoque des tortues sur la carapace desquelles les nazis gravaient leur emblême : "Les nouveaux maîtres ne se contentaient pas de suspendre leurs drapeaux, les croix gammées jaillissaient en tous lieux, à vous en donner la nausée". Mais la tortue est aussi une métaphore de l'exilé et du Juif : "Il est lié à cette terre de toutes ses fibres. Il est rivé à ce lieu. Il est comme une tortue. Elle s'agrippe au rocher et s'assimile à lui". Fritz Arnold écrit que ce livre est "une œuvre importante non seulement de par ses qualités littéraires, mais aussi par les circonstances d'où elle est issue. C'est un testament". Ce grand roman nous fait découvrir un écrivain au destin tragique, trop longtemps méconnu en France, et il faut être reconnaissants aux éditions Joëlle Losfeld et à la talentueuse traductrice Lea Marcou de l'avoir mis à la disposition du lecteur francophone.

Itshak Lurçat

 Les tortues, Veza Canetti, Joëlle Losfeld 2009, 255 p.

 

ARTICLE PARU DANS VISION D'ISRAEL, le premier magazine culturel francophone israelien!

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