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5 avril 2012 4 05 /04 /avril /2012 17:23

GROSSMAN-VASILI.jpgPrésentation de l'éditeur (SEUIL)

Au terme d’une minutieuse enquête, menée en Russie, en
Ukraine et en Israël, Myriam Anissimov nous offre le compte-
rendu détaillé du parcours de l’auteur de Vie et destin.
L’écrivain a acquis progressivement la conscience de la
tragédie du stalinisme. Victime d’un régime dont, dans les
premiers temps, il était le partisan, il découvre, à travers les
persécutions dont tout opposant est harcelé, et en particulier
les Juifs, que le système est profondément destructeur. La
biographe qui, pour écrire son livre (pendant plus de cinq ans)
est allée dépouiller, sur place, les archives des services secrets
russes et a rencontré la famille de l'écrivain, qui lui a donné
accès à toute la correspondance et tous les albums familiaux,
raconte, à travers l'extraordinaire destin d'un écrivain (chimiste
de profession), d'abord célébré par le régime, puis de plus en
plus critique à mesure qu'il prend conscience de la stratégie
totalitaire du stalinisme et surtout lorsqu'il devient lui-même
victime de l'antisémitisme, toute l'histoire de l'ancienne URSS.

Grossman mourra sans avoir assisté à la publication de son
ouvrage fondamental, document exceptionnel sur la
manipulation et la destruction des individus, au nom d'un
hypothétique bien collectif. La maladie aura raison de sa
résistance et c'est grâce à la ténacité de ses proches et amis que
son chef-d'œuvre verra le jour. Avec une grande honnêteté,
Myriam Anissimov suit le parcours d'un intellectuel
ambitieux, à la vie sentimentale tourmentée. Outre
d'importants cahiers photos et des appendices d'une grande
rareté historique (minutes d'interrogatoires et de procès, listes
de condamnation, discours politiques), le récit de Myriam
Anissimov offre de nombreuses informations sur l'arrière-fond
familial, psychologique, éditorial, administratif et politique qui
a servi de base à l'œuvre de Vassili Grossman, sur les goulags,
sur les persécutions raciales, sur les polémiques littéraires.

Biographie de l'auteur

Myriam Anissimov est née en 1943 dans un camp en Suisse.
D'origine polonaise, elle est l'auteur de plusieurs romans dont
La Soie et les Cendres (Folio), Dans la plus stricte intimité
(L'Olivier), Le Marida (Points), Sa Majesté la Mort (Seuil) et
des biographies de référence de Primo Levi (Lattès) et Romain
Gary (Denoël).

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5 avril 2012 4 05 /04 /avril /2012 15:44

BEN-GOURION-copie-1.jpgExtrait du beau livre de Paul Giniewski z.l., La Préhistoire de l'Etat d'Israel, France-Empire

 

Au-delà du domaine religieux, la centralité du pays d'Israël se retrouve sur les plans culturel et intellectuel.

A toutes les époques, en tout lieu de leur dispersion, même quand les conditions climatiques différaient complètement de celles du Moyen-Orient, les Juifs priaient pour la pluie et la rosée aux moments où la Terre sainte en était assoiffée, alors que ces prières n'avaient pas de sens dans les pays où ils séjournaient. Ils célébraient et célèbrent toujours le nouvel an des arbres et la fête des moissons aux époques où ils ont lieu en Palestine. Le chtetl était comme un morceau du Pays d'Israël égaré par erreur en terre des goïm, en terre des étrangers. Mendelé, l'un des chroniqueurs de la vie juive en Europe de l'Est au XIXe siècle, explique que le petit enfant juif ne savait rien sur le pays où il était né, où il vivait, la Russie, la Pologne, la Lituanie, leurs peuples, leurs lois, leur rois, leurs hommes politiques. Mais parlez-lui d'Og, roi de Bachan, de Sihon, roi des Amorites, de Nabuchodonosor, roi de Babylone !

Interrogez-le sur l'Euphrate et le Jourdain ! Il sait tout de ces gens qui vivaient sous des tentes, parlaient l'hébreu et l'araméen, qui chevauchaient des chameaux et des mules. Il ne sait rien des champs qui environnent le chtetl, de l'orge, du blé, des pommes de terre, d'où vient le pain. Il ignore l'existence du chêne, du frêne, du peuplier. Ses arbres fruitiers sont le palmier, le dattier, la vigne, le grenadier... Pour ces Juifs, quelque belles que fussent les synagogues qu'ils construisaient dans les pays lointains, les ruines du mur du Temple restaient le lieu le plus sacré de la terre. Pendant dix-neuf cents ans, un pèlerinage au Mur des Lamentations passait pour le plus grand des accomplissements.

Le retour au Pays d'Israël formait le thème central de la littérature hébraïque de l'exil, et la Terre sainte était l'objet de travaux scientifiques ininterrompus. On écrivait des traités savants sur des rites qui ne pouvaient être accomplis hors du Pays d'Israël, et que personne ne pratiquait plus depuis plus de mille ans : sur la loi des prémices et du glanage, sur la dîme et la jachère des terres tous les sept ans, sur l'offrande du prélèvement, etc. L'étude de ces problèmes avait un objectif conservatoire : maintenir vivantes une jurisprudence et une casuistique qui redeviendraient un jour d'usage courant. Benjamin Disraeli (1804-1881) dira : "Les vignobles d'Israël ne sont plus, mais la loi éternelle enjoint aux fils d'Israël de célébrer la vendange excepté ceux qui désirent aller à Jérusalem ou en Terre sai e et qui seront parfaitement libres de le faire" .

 

" Rabbi José disait à ses fils : Si tu veux voir la Divine Présence dans cette vie, va et étudie la Torah au Pays d'Israël.

Et ainsi de suite. Le Talmud résume cette famille d'idées par cette phrase : "Le jour du rassemblement des exilés au Pays d'Israël est aussi grand que celui où le ciel et la terre ont été créés". Cet attachement aveugle au Pays d'Israël a servi au peuple juif d'ancre au milieu des tempêtes qui l'eussent ,sans elle, mille fois englouti.

Ce phénomène de sanctification n'est d'ailleurs pas propre au seul peuple juif et la manière dont il se manifeste dans d'autres civilisations éclaire et confirme sa signification chez les Juifs. Toutes les civilisations transforment en divinité des personnalités qui ont formulé leur enseignement et leur discipline, sacralisant des événements des forces, des lieux où des effets exceptionnels se sont produits. Le type, la qualité d'une religion dépendent du type de personnalités et d'événements portés au ciel. Certaines, qu'on nomme primitives, divinisent les forces visiblement nécessaires à la survie des hommes, le soleil, la pluie, le feu. D'autres divinisent les principes qu'on croit capables d'unifier la race humaine. Le peuple juif a fait comme elles, mais a divinisé le bagage culturel nécessaire à la vie du peuple, et plus tard à sa urvie en exil, afin de le conserver pour la restauration. Par exemple sa langue, écrit le penseur sioniste Itshak Tabenkin qui développe cette thèse. On l'a appelée la langue sainte pour la mettre à l'abri. En partant pour l'exil, on a sanctifié à peu près tout ce qu'on avait créé en Erets-Israël. On a appelé le pays la Terre sainte, on a fait du peuple une nation de prêtres, on a divinisé une durée de temps, le sabbat. La religion était la patrie portative des Juifs, en attendant leur retour à Sion.

En 1936, douze ans avant l'Etat, David Ben-Gourion comparaissait, en tant que président de l'Agence Juive, devant une commission d'enquête britannique venue à Jérusalem pour déterminer pourquoi des désordres avaient ensanglanté le pays. On lui demanda ce qui attirait les Juifs en Palestine.

" Il vous sera difficile de comprendre à quel point Israël est imprégné de son passé ", répondit Ben-Gourion. " Voyez. Il y a trois cents ans, un navire, le Mayflower, a appareillé pour le Nouveau Monde. Ce fut, vous le savez, un événement historique important, et pour l'Angleterre et pour l'Amérique. Mais je serais étonné de trouver des Anglais en grand nombre capables de me dire la date exacte à laquelle ce navire a pris la mer. Et des Américains. Et qui se souvient encore combien d'hommes emportait ce navire, et ce qu'ils ont mangé en cours de traversée ? Or, trente-deux siècles environ avant le départ du Mayflower des Juifs sont sortis d'Egypte et tous les Juifs du monde, en Amérique aussi bien qu'en Russie, savent quel jour cet événement a eu lieu le 5 nissan. Et tous savent exactement ce que leurs ancêtres on mangé en quittant l'Egypte : des pains azymes. Et jusqu'à ce jour encore, tous les Juifs du monde, à cette même date, mangent des matsoth, le soir, font le récit de la sortie d'Egypte et terminent le rappel de ces souvenirs toujours vivants dans leur coeur et dans leur esprit par ce cri d' espoir . " L'an prochain à Jérusalem. " L'an prochain nous serons tous des hommes libres. Voilà, conclut Ben-Gourion, ce qui rattache les Juifs à leur pays.

On le voit, ils considéraient leur vie à l'étranger comme un accident temporaire. Au cours de leur histoire, ils allaient le prouver autrement qu'en récitant des prières et en composant des traités savants.

 

Notes :

1. Paul Giniewski : " La déclaration Balfour ", in : De Massada a Beyrouth, PUF, Paris, 1983.

2. Bernhardt Blumenkranz : Histoire de l'Etat d'Israël, Privat, Toulouse, 1982.

3. Voir : Paul Giniewski : Le Combat d'Israël, Anthropos, Paris, 1987.

4. Isaac Bashevis Singer : " Elka et Meir " , in : Amour tardif, Stock, Paris, 1982.

5. Cecil Roth : Ancient alyoth, Scopus Publishing Cy, New York, 1942, p.44.

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2 avril 2012 1 02 /04 /avril /2012 17:57

Imaginez Joseph Roth au café Le Tournon, dans la rue du même nom face au Sénat, son « bureau » à Paris dans l’entre-deux-guerres… Perclus de dettes, il doit des lignes à des journaux et des chapitres à des éditeurs, mais il a déjà bu tous les à-valoirs ; les alcools lui embrument le cerveau alors qu’il lui faut travailler comme une bête de somme et fournir encore ; il est pris dans une spirale sans fin ; Roth est convaincu que la vie s’acharne contre lui. La gentillesse de quelques- uns à son endroit l’émeut au plus haut point. Un matin, après avoir quitté Blanche Gidon qui le traduit et exalte son génie auprès des critiques et éditeurs parisiens, il lui écrit : « Je suis ressorti hier véritablement bouleversé de votre maison. Bouleversé par les preuves d’humanité et de bonté que vous m’avez données. Je ne les ai pas méritées, je ne les ai pas méritées ! »

Son roman Hiob, dont il avait achevé l’écriture le 27 mars 1929, parut d’abord dans les colonnes de la Frankfurter Zeitung, puis en librairie par les soins de l’éditeur berlinois Gustav Kiepenheuer qui en fit un grand succès sous le titre Hiob. Roman eines einfachen Mannes ; deux ans après, la librairie Valois publia à Paris Job. Roman d’un simple juif dans une traduction de Charles Reber. En 1965, il refit surface dans une traduction de Paule Hofer-Bury chez Calmann-Lévy mais s’intitulait… Le poids de la grâce. Et il y a quelques jours, une nouvelle traduction est parue de Job. Roman d’un homme simple (221 pages, 21 euros, Seuil). Stéphane Pesnel, qui en est l’auteur, justifie sa nécessité dans une préface éclairante qui repose sur une confidence de Joseph Roth : « Dans mes romans, je traduis les juifs à l’attention de mes lecteurs ». Influencé par le poète Heinrich Heine (1797-1856), tant par les harmoniques de sa langue que par son imprégnation de la Ostjudentum, le romancier, originaire de Brody (Galicie), s’était refusé l’usage de termes yiddish ou hébreux, de périphrases et de notes en bas de page. Tout pour la langue allemande ! C’est d’autant plus remarquable que son texte ne manque pas d’allusions à l’univers ostjüdisch. Il avait préféré chercher à chaque fois des équivalents : Ostern (la Pâque) plutôt que Pessah ; Lehrer (maître d’école) plutôt que melamed ; Stätdtchen (« petite ville » ou « bourgade ») plutôt que shtetl etc Le roman n’en baigne pas moins dans cette lumière-là, ce que l’essayiste italien Claudio Magris a magistralement exposé dans Loin d’où ? C’est justement pour être fidèle au parti pris de Joseph Roth, indissociable de l’histoire qu’il raconte, que le traducteur Stéphane Pesnel a commencé par lui rendre son titre originel ; il a jugé à bon droit que Le Poids de la grâce, beau titre mais faux, inspiré par l’excipit du livre, rendait improprement Glück (« bonheur ») et le tirait abusivement vers la théologie catholique tout en le mettant en résonance avec La Pesanteur et la Grâce de la philosophe Simone Weil. Voilà pourquoi le roman s’achève désormais par ces mots : « Mendel s’endormit. Et il se reposa du poids du bonheur et de la grandeur des miracles ».

Cette fable ironique baignée d’une douce lumière, Roth l’avait écrite au « Tournon » dans la tristesse et l’émotion. C’est le cri du cœur étouffé d’un déraciné que l’histoire de Mendel Singer, petit instituteur juif de la bourgade russe de Zuchnat, un homme simple et sans ambition dont le quotidien est illuminé par la poésie des pratiques religieuses. Il finirait ces jours ainsi, prenant la mesure de sa crise conjugale en observant le travail du temps sur le corps de son épouse, si leur fils, qui commence à faire fortune en Amérique, n’y appelait toute sa famille. C’est là-bas que le malheur s’abat sur Mendel Singer. Son fils est tué à la guerre ; sa femme en devient folle et en meurt ; sa fille en perd la raison. La famille, dépositaire de l’universel, en est pulvérisée. Il se retrouve seul, misérable, abandonné, isolé de tout et de tous. Il doit mendier pour survivre. Qu’a-t-il fait pour mériter cela ? Mendel est convaincu que Dieu le punit pour avoir abandonné au pays le dernier-né qui les eût encombrés dans le Nouveau monde, un enfant handicapé tant physiquement que mentalement…

Roth est Job. Plutôt que de le traiter en personnage historique au risque de le tenir à distance, il préfère s’approprier le texte pour le traiter en mythe ; ainsi, il en fait un des nôtres. L’épreuve l’intéresse moins que la manière dont l’individu y réagit. Sa parabole sublimée en roman magnifie si profondément le monde d’avant qu’elle en vient à exalter le passé en soi. Il se consume à sa table du « Tournon » où il s’invente des vies. L’alcool lui est une protection, la fumée un voile. Le succès de son Hyob (30 000 exemplaires), prolongé en 1931 par sa parution en français, représente un afflux d’argent inespéré. De quoi tromper la misère quelques temps. Il est suivi par celui de La Marche de Radetzky et de La Crypte des Capucins. Mais cela ne suffit pas. Il est à bout. Ses forces l’abandonnent. Ses jours s’achèvent en juin 1939 dans la salle commune de l’hôpital Necker. Yiov est mort d’une pneumonie. Dans ses cartons, on retrouve un roman sur Trotsky et un essai sur Clemenceau, deux textes inachevés. A force de jongler avec les identités en s’inventant des origines variées, de se dire le plus juif des catholiques et réciproquement, de se présenter comme le plus révolutionnaire des monarchistes et vice-versa, il s’éteint dans la confusion, quelques jours après avoir appris la nouvelle du suicide à New York d’un de ses amis qu’il tenait pour un combattant modèle. Le jour de sa mise en terre au cimetière de Thiais, ses amis sont stupéfaits et révoltés : un curé remplit son office. Au lendemain de son inhumation au cimetière de Thiais, on joue « Job/Hiob » au théâtre Pigalle en sa mémoire devant une salle bondée où l’on remarque la présence de Marlène Dietrich et d’Eric Maria Remarque. Il était le dernier témoin d’un empire disparu, un authentique patriote de la monarchie austro-hongroise. Telle était la vraie religion de ce Hiov, craignant-Dieu à sa manière, la mélancolie faite homme, jamais remis de cette perte. Il en avait l’âme effilochée. Et si un artiste n’était bon qu’à ça : vivre en relation avec des choses obscures, dût-il y laisser sa vie ?

("Portrait de Joseph Roth" dessiné par son ami Mies Blomsma en 1938 au Tournon; photos Passou)


http://passouline.blog.lemonde.fr/2012/02/12/le-poids-du-bonheur-selon-joseph-roth/

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1 avril 2012 7 01 /04 /avril /2012 20:33

 

Jabotinsky, autodéfense, ToulouseDans l'extrait de son autobiographie * qu'on lira ci-dessous, le fondateur de la Légion juive et du Betar relate les débuts de l'autodéfense juive en Russie, au moment du pogrome de Kichinev. Les mots fameux du grand dirigeant sioniste - "Juifs, apprenez à tirer!" - n'ont rien perdu de leur actualité, alors que nos frères Juifs en France découvrent ou redécouvrent tragiquement la précarité consubstantielle à l'existence juive en diaspora. P.I.L

 

Kichinev

 Le début de mon activité sioniste est lié à deux choses : l'opéra italien et l'idée d'autodéfense.

  Nous avons toujours eu, à la saison d'hiver, un opéra italien au théâtre municipal. Cet hiver-là, nous pûmes entendre chanter Armanda Degli Abati, l'amie de mon camarade Lebdnitsev, qui se rendait chaque soir au théâtre pour l'écouter. Un soir, à l'entracte, je le croisai dans le couloir accompagné d'un homme élégant, arborant une moustache noire et affichant des manières occidentales, que j'avais déjà vu plusieurs fois, toujours assis à la même place, à la deuxième rangée. Lebdnitsev nous présenta l'un à l'autre : ce monsieur était l'envoyé spécial d'un journal professionnel de Milan, consacré à la musique et au chant...

 

Je savais déjà qu'il était juif – « Signore Saltzmann ». Il était évident qu'il l'était. À présent il me proposa de l'appeler Salomon Davidovitch ; me révéla que son travail de « correspondant » du journal italien n'était qu'un divertissement et que son métier principal était le négoce, comme tous les Juifs ; et il me raconta qu'il était sioniste.

 

 Nous nous rencontrâmes encore plusieurs fois au théâtre, il me montra ses articles dans le journal italien, mais nous ne parlâmes d'aucun autre sujet.

 

Entre-temps, l'époque de Pessa'h approchait, Pessa'h de l'an 1903. J'avais entendu de certaines de mes connaissances des propos inquiétants : on disait que dans la ville, dans les environs et dans toute la région, il y avait un risque de troubles antijuifs, chose qui ne s'était pas produite depuis au moins vingt ans. L'un prétendait que ces rumeurs n'avaient aucun fondement et que la police ne le permettrait jamais ; l'autre affirmait que c'était précisément la police qui allait organiser ces émeutes ; un troisième proposait qu'une délégation de notables de la communauté se rende chez le gouverneur de la ville – affirmations toutes aussi bizarres les unes que les autres, auxquelles nous n'étions pas habitués.


 

Jabotinsky, autodéfense, ToulouseAssis à ma table de travail, j'écrivis une dizaine de lettres adressées à dix responsables communautaires juifs, que je ne connaissais pas, pour la plupart : je leur proposai d'organiser l'autodéfense.

Ils ne me répondirent pas ; mais au bout d'une semaine, un de mes amis d'enfance se rendit chez moi, un autodidacte qui avait des relations et des contacts au sein de mouvements de toutes sortes, et il me dit : - Untel m'a montré ta lettre – en toute confidentialité, bien entendu. Pourquoi lui as-tu écrit ? Tout d'abord, ceux à qui tu t'adresses, précisément, n'oseront rien faire et ne bougeront pas ; et deuxièmement, et c'est le plus important – il y a déjà un groupe d'autodéfense. Viens avec moi.


 Nous nous rendîmes à Moldavanka, et là, dans une grande pièce vide qui ressemblait à un bureau de commerce, je trouvai quelques jeunes – parmi lesquels Israël Trivouch, mon ami depuis lors, qui finit par devenir mon collègue à la direction du Hatzohar [1]. J'ai oublié les noms des autres, et c'est dommage : car il s'agissait, pour autant que je sache, de la première tentative de mettre sur pied un groupe d'autodéfense organisé en Russie, avant même qu'éclate le pogrome de Kichinev. Nous travaillâmes efficacement : nous réunîmes des fonds – environ cinq cents roubles, si ma mémoire est bonne, somme considérable à nos yeux ; Revirger, qui possédait un magasin d'armes, nous donna une vingtaine de pistolets en cadeau, et nous vendit le reste à bas prix – pour la plupart à crédit, sans espoir de paiement. Notre magasin d'armes était situé dans le même bureau : des pistolets, des barres de fer, des couteaux de cuisine et des couteaux de boucher. Jour et nuit, deux personnes étaient de garde dans le bureau ; chaque jeune, muni d'un papier signé par un des membres du « conseil de direction », entrait et recevait sa part. Dans la deuxième pièce du bureau se trouvait l'hectographe, sur lequel nous imprimions des tracts en russe et en yiddish : leur contenu était d'une extrême simplicité – deux articles du code pénal, affirmant explicitement que celui qui tue dans un geste d'autodéfense est exempté de toute peine, accompagnés de quelques mots d'encouragement à la jeunesse juive, pour qu'elle ne se laisse pas mener à l'abattoir. A SUIVRE...



[1] Organisation sioniste révisionniste fondée par Jabotinsky en 1925.

Extrait de Vladimir JABOTINSKY, HISTOIRE DE MA VIE, traduit de l'hébreu et présenté par P. Itshak Lurçat

(C) Editions Les Provinciales 2012

* EN VENTE DANS LES BONNES LIBRAIRIES ET SUR AMAZON

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29 mars 2012 4 29 /03 /mars /2012 11:56

Naomi-Ragen1.jpgLe Juge Yossef Shapira du Tribunal de Grande Instance à Jérusalem a mis un terme à une affaire juridique qui se poursuit depuis plus de quatre ans.


Le Tribunal a statué que l’écrivaine Naomi Ragen devra verser la somme de 233 000 Shekels en dommages et intérêts à Sarah Shapiro. C’est la condamnation la plus lourde qui n’ait jamais été décidée par un tribunal israélien à l’encontre d’un écrivain pour violation de droits d’auteur.

Sarah Shapiro, une Juive américaine orthodoxe habitant maintenant à Jérusalem, a assigné l’écrivaine Naomi Ragen. Elle a soutenu que Ragen avait copié pour son bestseller « Sota » des partie entières de son journal paru deux ans auparavant « Grandir avec les enfants : journal d’une mère juive ».


Dans un verdict qui s’étale sur 92 pages, le Juge Yossef Shapira a retenu toutes les charges de Sarah Shapiro contre Naomi Ragen.

« C’est un succès substantiel qui encouragera les écrivains et les créateurs à lutter pour leurs droits d’auteur » a commenté Maitre Gilad Corinaldi, l’avocat de Sarah Shapiro.

Naomi Ragen a l’intention de faire appel à la Cour suprême pour avoir été condamnée à verser des dommages.

 

par Meir Ben-Hayoun

 

http://www.israel7.com/2012/03/naomi-ragen-condamnee-pour-violation-de-droits-d%E2%80%99auteur-2/

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28 mars 2012 3 28 /03 /mars /2012 22:20

 

Roses-de-l-Ariana.jpegAvec la création des landmanschaften, les Juifs originaires d’Europe de l’Est ont, à l’époque, initié l’idée de regroupements d’originaires. Ils ont, depuis, largement été dépassés dans cette démarche naturelle par les Juifs d’Afrique du Nord et, plus particulièrement par les « Tunes », les Juifs de Tunisie, si attachés à leurs particularités qu’ils aiment volontiers se retrouver pour évoquer le « bon vieux temps ». Si des associations comme l’A.T.P.J.T. (Arts et Traditions Populaires des Juifs de Tunisie, membre du CRIF) ont une vocation généraliste, proposant régulièrement des manifestations, des conférences, des concerts ou des films, d’autres ont des objectifs beaucoup plus locaux. C’est ainsi qu’il existe une association des Juifs de Sfax, une autre des Juifs de Sousse, une autre des Juifs de Béja ou de Nabeul. Il existe même, certes non déclarée en préfecture, une « Association des anciens du début de la rue Courbet à Tunis jusqu’au numéro 23 et rues adjacentes ». Comment s’étonner, dès lors de l’existence d’une Amicale des Juifs de l’Ariana (A.J.A.), petit village dans la banlieue de Tunis réputé pour son air exceptionnel et le parfum de ses jardins fleuris ? Comment s’étonner, également, que des auteurs consacrent des ouvrages aux seuls Juifs de l’Ariana ? Après le chantre du thème, Robert Hagège (1) qui publia longtemps, avec de faire son alyah, un petit journal Express Ariana, ou Georges Cohen (2) tunisois mais amoureux de l’Ariana, voici qu’Albert Naccache, qui nous avait offert un travail très intéressant sur la haine d’Israël (3) se lance dans un recueil nostalgique et parfumé pour nous raconter son enfance et son village, l’Ariana.
 
D’autres avant lui, d’Albert Memmi à André Nahum, en passant par Marco Koskas, Charles Haddad, Katia Rubinstein, ont voulu fixer, par la plume, les coutumes, les jeux, les petites misères et les grandes joies des Juifs de Tunisie. Albert Naccache, à son tour, apporte sa contribution. Il commence par un survol historique des Juifs de Tunisie pour en venir, très vite, à sa passion, El Ariana, « la nue ». Très vite, son récit prend un tour très personnel, très familial. Chaque membre de la famille, chaque ami, est décrit par le menu. On retrouve là un défaut criant du livre d’Hagège qui proposait, lui, des listes édifiantes, « liste des étudiants juifs arianais », « liste complète des cafés-bars de l’Ariana »…Il va sans dire que de telles digressions n’intéressent qu’un public limité. Ainsi, Naccache nous offre, en note, les paroles des tubes de l’époque, « Come prima » de Tony Dallara, « You are my destiny » de Paul Anka ou « La Goulette » de l’inénarrable Henri Tibi Darbali.
 
Fort heureusement, l’auteur nous régale, par ailleurs, par ses observations pertinentes sur ce qu’il appelle le « théâtre de la rue » : les calèches et le saf-saf, le bou saadia et le babaou, les noyaux d’abricots et les agates, les scouts et le sport.
 
Un chapitre très intéressant est consacré au Kouttab Kisraoui, établissement d’enseignement créé en 1925 sous l’impulsion d’un mécène, Sauveur Yéchoua Kisraoui dont on apprend que le fils, René, play-boy arianais qui se ruina au jeu et s’engagea dans la Royal Army en 1939, fut un héros de la Guerre.
 
On regrettera, par ailleurs, que les raisons du départ des Juifs de Tunisie soient traitées en quelques lignes lapidaires. « La Tunisie indépendante voyait en nous des handicapés culturels, incapables de parler leur langue, coupables d’avoir « choisi » la culture du colonisateur et d’être solidaires de l’État d’Israël. Elle nous reprochait d’avoir « le cœur ailleurs ». D’autres part, la construction de la Tunisie nouvelle, arabe et musulmane, exigeait l’élimination des « bourgeoisies étrangères », ce qui fut réalisé ». Les choses méritaient d’être un peu plus développées.
 
Reste un ouvrage très sympathique, avec un riche cahier photographique , certes très personnel, là encore, mais où chacun retrouvera des traces de sa propre histoire. Un livre que chaque Tune se fera un devoir de posséder dans sa bibliothèque.
  
Jean-Pierre Allali
 
(*) Éditions Cheminements. 2010. 172 pages. 20 euros
(1) Ariana petite Jérusalem. Imprimerie Alvi. 1987
(2) De l’Ariana à Galata. Éditions Racines. 1993
(3) Contre Israël. De l’amour de la Palestine à la haine des Juifs. Éditions Cheminements. 2008. Voir notre recension dans la Newsletter du 02-02-2009

www.crif.org



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28 mars 2012 3 28 /03 /mars /2012 11:05

LEO-CASSIL.pngNous l'appelions de nos voeux, et nous voici récompensés. Les éditions Attila feront paraître le 15 mars prochain une réédition du Voyage imaginaire de Lev Kassil (dans la version française Léo Cassil). Un fort joli petit livre illustré par Julien Couty.

Il s'agit de la traduction d'Henriette Nizan et Véra Ravikovitch, initialement parue en 1937 chez Gallimard.

Évidemment, nous ne pouvons que vous conseiller ce petit bijou. Pour tout savoir sur cette nouvelle édition, c'est ici!

 

Deux enfants conçoivent un pays imaginaire, la Schwambranie, avec son histoire, ses îles, sa faune de héros et d’ennemis... dont les noms sont choisis dans les ordonnances de leur père, médecin. Nous sommes en Russie, en 1917. Un jour éclate la révolution russe. Le livre alterne alors entre les récits du pays imaginaire et les changements apportés par le nouveau pouvoir à l’école. Nouveaux Don Quichotte et Sancho Pança, Lolia et son frère Osska sont des défenseurs acharnés, à la fois de la république schwambranienne et de la Révolution... tout en confondant les mots au point de ne s’exprimer qu’en mots valises.

Mêlant la vie quotidienne d’une famille russe en 1917 et des extraits délirants des archives schwambraniennes, ce livre culte pour les situationnistes, découvert par Malraux, constitue une ode à l’enfance et un classique d’une totale liberté, à ranger entre Gulliver et Alice au pays des merveilles.

Publié à Moscou en 1933, juste avant le resserrement imposé par le pouvoir bolchevik aux intellectuels, Le Voyage imaginaire sera interdit de réimpression pendant vingt ans, et ne ressortira (après quelques coupures) qu’à la faveur de la déstalinisation en 1957.

 

Léo Cassil (Lev Kassil, 1905-1970) s’intéressait aux aviateurs, aux hommes qui irriguent les déserts, aux anciens voleurs et par dessus tout aux enfants. « Ils apprécient que je sache aboyer comme un chien, et me respectent parce que je connais toutes les marques d’automobiles et suis capable d’identifier à un mille n’importe quel vapeur de la Volga ».

Né d’un médecin et d’une dentiste qui enseignait aussi la musique, diplômé de physique aérodynamique, Cassil a débuté en littérature grâce à Maïakovski tout en dirigeant des magazines culturels pour enfants.

Ses textes sont des récits d’initiation décrivant la vie des jeunes soviétiques dans le domaine de l’école, des loisirs et de la guerre. Une planète découverte en 1979 par l’astronome Chernykh fut nommée Schwambrania en son honneur.
http://www.editions-attila.net/voyage_imaginaire/auteur.html
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27 mars 2012 2 27 /03 /mars /2012 08:52

PRAZAN.jpgPrésentation de l'éditeur

Véritable contre-histoire des soixante dernières années, ce
livre donne pour la première fois la parole aux terroristes et à
ceux qui les ont traqués. Du fondateur des Black Panthers à
l'un des chefs du Hamas, en passant par le compagnon de
route de Carlos, cette enquête révèle les coulisses du
terrorisme moderne depuis ses origines, au lendemain de la
Seconde Guerre mondiale, jusqu'à la mort d'Oussama ben
Laden. A travers des entretiens menés dans le monde entier,
elle dévoile les passerelles insoupçonnées qui unissent des
organisations, en apparence isolées. Elle met aussi en lumière
les filiations qui démontrent que le phénomène n'est pas près
de s'arrêter.

Biographie de l'auteur

Documentariste et docteur en lettres, Michaël Prazan est
l'auteur de nombreux ouvrages d'enquête, dont Les Fanatiques:
Histoire de l'Armée rouge japonaise (Seuil, 2002), Pierre
Goldman, le frère de l'ombre (Seuil, 2005) et Einsatzgruppen,
les commandos de la mort (Seuil, 2010).


Détails sur le produit

  • Broché: 523 pages
  • Editeur : Flammarion (15 février 2012)
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22 mars 2012 4 22 /03 /mars /2012 08:32

 

toulouse,islamBien avant Mohammed Merah, l'islam radical s'est implanté dans la région toulousaine, comme je l'ai décrit dans mon livre Pour Allah jusqu'à la mort (éditions du Rocher 2008). Thomas Barnouin est un converti et pas un musulman de souche comme Merah, mais leurs parcours sont assez similaires. Ce livre passé relativement inaperçu à l'époque décrit précisément le processus par lequel des jeunes occidentaux (convertis ou musulmans) deviennent des djihadistes et commettent des actes de "folie" comme celui de Toulouse. Il est toujours d'actualité... P.I.L

 

 EXTRAIT DE POUR ALLAH JUSQU'A LA MORT, PAGES 123-127

 

IV - La filière toulousaine

 

Lorenzo Vidino, auteur d’un livre important sur Al-Qaida en Europe, faisait observer récemment que l’islam radical, traditionnellement implanté dans les grandes métropoles et les villes moyennes, s’étendait au cours des dernières années aux zones rurales européennes [1]. Cette observation a été confirmée par le démantèlement récent en France d’une filière de recrutement de djihadistes à destination de l’Irak, implantée dans la région toulousaine et notamment dans les localités de Colomiers et Capdenac-le-Haut, près de Figeac, dans le Lot. Cette filière fonctionnait depuis plusieurs mois, selon l’enquête menée conjointement par les renseignements généraux, la police judiciaire et la sous-direction antiterroriste (SDAT). Son démantèlement a débuté en février 2007 avec l’arrestation de deux djihadistes expulsés de Syrie, interpellés à leur descente d’avion à l’aéroport d’Orly. L’un des deux est un converti, Thomas Barnouin, albigeois de 26 ans devenu Abdelhakim après sa conversion.
 

La maison des époux Corel

 

            Artigat est un village de 1200 habitants, dans l’Ariège. Jusqu’à récemment, il était connu surtout pour avoir été le théâtre d’une histoire fameuse, qui a inspiré de nombreux romanciers et cinéastes : celle de Martin Guerre, paysan français du XVIe siècle. Mais depuis quelques mois, Artigat est devenu célèbre pour une tout autre raison. Tout a commencé au début des années 1990, quand les époux Corel ont attiré autour d’eux plusieurs familles de musulmans et de convertis à l’islam. Au début, c’était plutôt une espèce de « communauté » installée dans une vieille ferme, puis dans des maisons construites au hameau des Lanes. Mais les apparences sont trompeuses : la vie bucolique de ces familles musulmanes dans la campagne ariégeoise cachait en fait une filière de recrutement de djihadistes à destination de l’Irak…

 


 

            Les époux Corel sont tous deux des musulmans franco-syriens. Olivier Corel, la soixantaine, grand et élancé, ressemble à une sorte d’émir égaré dans la campagne, avec sa barbe blanche. Avec sa femme Nadia, née en Syrie comme lui, ils se sont installés dans la région et petit à petit, Corel est devenu un imam autoproclamé pour plusieurs jeunes maghrébins réislamisés et « Gaulois » convertis des banlieues toulousaines. La communauté vit en quasi-autarcie, vendant des poteries et des fripes sur les marchés avoisinants. Mais derrière cette façade inoffensive, plusieurs signes attestent d’une radicalisation. Des voisins se souviendront d’avoir entendu les « cris de joie des mômes le 11 septembre 2001 ». Les femmes de la communauté arborent le tchador et retirent leurs enfants de l’école du village, trop laïque à leurs yeux. Les Renseignements généraux surveillent de près les visiteurs, et multiplient les écoutes téléphoniques et surveillances. « Il y a des kilomètres de littérature sur chacun de ces gars-là », racontera un enquêteur aux journalistes après le démantèlement du réseau.
 

Thomas-Abdelhakim, le djihadiste albigeois

 

           toulouse,islam L’itinéraire de Thomas Barnouin est significatif de l’engouement que suscitent l’islam radical et le djihad irakien, jusque dans des petites villes de la province française que l’on croyait récemment encore à l’abri de ce phénomène. Fils d’enseignants, Thomas a d’abord été témoin de Jéhovah, avant de se convertir à l’islam en 1999. Les témoignages recueillis par le quotidien local de Toulouse, La Dépêche, le décrivent comme un « garçon calme et discret ». Après sa conversion , il fréquente la mosquée d’Albi. En 2001, il s’inscrit à l’« Institut européen des Sciences humaines » (IESH), à Saint-Léger-de-Fougeret, près de Château Chinon dans la Nièvre. Derrière ce nom anodin se cache le premier centre de formation des imams de France, créé en 1990 par l’Union des Organisations islamiques de France (UOIF), organisation proche des Frères musulmans qui entend ainsi asseoir son emprise sur l’islam dans l’Hexagone [2]. Mais ses études islamiques à l’IESH ne durent pas longtemps : inscrit pour l’année 2001-2002, il est convoqué en conseil de discipline quelques jours après la rentrée. Le responsable de la scolarité explique à un journaliste que Thomas Barnouin « n’a pas fini sa scolarité et n’a pas passé d’examens ». L’institut refuse toutefois de donner les raisons des sanctions prononcées contre son ancien élève.

 

 

            Thomas Barnouin décide de poursuivre ses études coraniques à l’étranger. Il se rend en Arabie saoudite, d’abord à La Mecque, puis à Médine où il suit des cours à l’université islamique de la ville sainte. C’est là qu’il rencontre des gens qui « lui ouvrent les yeux sur ce qui se passe en Irak », expliquera-t-il aux policiers français après son arrestation. Fin 2006, Thomas-Abdelhakim entre en contact avec un certain Abou Hassi, « facilitateur » saoudien qui organise le passage vers l’Irak de djihadistes saoudiens, en passant par la Jordanie. Dans le royaume hachémite, il est acheminé par un autre passeur jusqu’à la zone des « Trois Frontières » (Jordanie, Syrie, Irak), et pénètre en Syrie. Mais il a été repéré par les services de sécurité saoudiens, qui ont enregistré ses conversations avec deux autres membres du réseau toulousain, auxquels il a donné rendez-vous en Syrie. Parvenu en Syrie, il rejoint un groupe de djihadistes avec lesquels il s’entraîne au maniement des armes, en attendant de gagner l’Irak. Mais Thomas n’atteindra jamais le pays du djihad : le 12 décembre 2006, son groupe est repéré par les services de sécurité syriens, qui ont été alertés par leurs homologues saoudiens. Ceux-ci donnent l’assaut à la maison où se trouvent Barnouin et ses camarades. Capturé, celui-ci est remis aux services français à Damas et placé dans un vol Air France à destination de Paris.

 

 

toulouse,islam            Lors de son interrogatoire par les polices de la SDAT (unité antiterroriste), Barnouin reconnaîtra avoir tenté de passer en Irak, « les armes à la main ». L’enquête menée conjointement en France et en Belgique établira des liens entre la filière toulousaine et la filière belge dont faisait partie la kamikaze Muriel Degauque. Après l’arrestation de Thomas Barnouin et de Sabri Essid à leur descente de l’avion en provenance de Damas, la police interpelle onze autres suspects dans la région toulousaine. A leurs domiciles, elle saisit des dossiers de « candidature » au djihad comprenant des lettres de motivation, des lettres de recommandation émanant de responsables religieux musulmans qui attestent de leur sincérité de « croyants », et même des « testaments » de djihadistes en vue de leur « martyre ». Plusieurs des suspects interpellés ont séjourné en Egypte, dans l’école coranique Aziz El-Bila, et en Syrie, officiellement pour y apprendre l’arabe littéraire et le Coran. Dans les mois qui suivent, l’enquête menée conjointement par les policiers français et leurs homologues belges aboutit à de nouvelles interpellations.

 

 

 

            C’est après l’arrestation de Thomas Barnouin – Abdelkrim que la police décide de passer à l’action contre la communauté des Lanes. Au domicile des époux Corel, on ne retrouvera ni armes, ni manuels de formation au djihad. Seulement des livres religieux musulmans. Mais pour les policiers, le rôle d’Olivier Corel a clairement été déterminant : « malgré son discours fondamentaliste, c’est d’abord un intellectuel, un prédicateur et non un cadre militaire du terrorisme », expliquent les policiers qui ont mené l’enquête. « Il n’en est que plus redoutable, d’autant qu’il a un ascendant certain sur ses ouailles âgées de 25 à 30 ans, dont le parcours est quelquefois chaotique et qui n’en sont que plus vulnérables ». Depuis le mois de février 2007, Olivier Corel est placé sous contrôle judiciaire et mis en examen pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ». Les policiers lui attribuent la direction de la filière de recrutement de djihadistes démantelée dans les environs de Toulouse.

 



[1] Lorenzo Vidino, « Current Trends in Jihadi Networks in Europe », Terrorism Monitor, Volume 5, Issue 20, octobre 2007.

[2] Sur l’UOIF et son mentor, le cheikh Qaradawi, je renvoie à mon livre Le Sabre et le Coran, op. cit., p. 198 s. Le rôle du cheikh Qaradawi est abordé plus en détail dans le chapitre 10, « Les convertis au cœur de la stratégie islamiste ».

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20 mars 2012 2 20 /03 /mars /2012 10:17

WAGNER

Un lieu commun sur Richard Wagner voudrait que Das Judenthum in der Musik (1850), son laborieux factum antisémite, récupéré par la propagande nazie et enseigné sur les bancs du IIIe Reich, ne soit qu’un accident de parcours qu’il convient d’écarter d’un geste dégoûté pour mieux célébrer l’immense artiste. Un lieu commun inverse veut qu’Adolf Hitler – qui l’a laissé entendre – n’aurait pu jouer les rédempteurs aryens s’il n’avait voué un culte à Wagner, dont l’antisémitisme transpire dans le Ring et dans cette allégorie du génie populaire allemand qu’est Les Maîtres chanteurs. «Quiconque désire comprendre le national-socialisme, dira d’ailleurs Hitler à Rauschning, doit d’abord connaître Wagner». À la suite d’Adorno et au nom de l’antifascisme, il semble qu’on en soit venu à soutenir l’inverse : que le nazisme était en germe dans Parsifal. Comme disait Thomas Mann, «il y a beaucoup de Hitler dans Wagner». Les représentants de la «musique dégénérée» s’en feront l’écho en rejetant les codes wagnériens, voire en les tournant en dérision : c’est à Hindemith, honni par le Reich, que l’on doit l’irrévérencieux Prélude du Hollandais volant joué à vue par un orchestre thermal de second rang à 7 heures du matin.
 
Outre sa froide objectivité, le mérite de Pierre-André Taguieff, dont l’ouvrage fait d’emblée figure d’étude de référence, est d’introduire complexité, ambiguïté et lucidité dans ces schémas réducteurs dont il est si ardu de s’extraire (Daniel Barenboïm, qui le premier a dirigé Wagner en Israël, en sait quelque chose). Instructeur impartial, il commence par réunir les pièces du dossier. Les œuvres doctrinaires du maître occupent une centaine de pages dans une traduction neuve d’Anne Quinchon, pourvues d’un copieux appareil critique. Tout chercheur devra désormais s’y référer. Surprise : cet ensemble est loin de se résumer à Das Judenthum in der Musik et forme bel et bien un corpus antisémite, lequel connaît une crispation paranoïaque jusqu’à l’ultime Connais-toi toi-même (1881), péroraison racialiste sur l’«instinct allemand» s’achevant par l’évocation du «danger qui nous menace». S’il fallait s’en tenir à l’essai fondateur de l’antisémitisme wagnérien, il paraîtrait anecdotique et incohérent : simple machine dirigée contre Meyerbeer, Wagner n’osant pas déboulonner Mendelssohn, qui n’avait plus de juif que le nom. À cette époque, Wagner fréquente d’ailleurs des Juifs libéraux de haut lignage, dont il ne fait que chicaner l’«utilisme» – par opposition à l’idéalisme allemand –, soulignant tout de même leur inaptitude congénitale à la langue de Goethe.
 
En France, l’appréciation de ce pensum a été faussée par une traduction erronée : Judenthum ne signifie pas «judaïsme» – l’aspect religieux du problème n’intéresse pas Wagner –, mais plutôt «judaïcité», voire «juiverie». L’opuscule n’a donc rien à voir avec l’archaïque antijudaïsme luthérien : il pose au contraire une des premières pierres de la pensée Völkisch. Suite aux réactions indignées qu’il a suscitées, on voit Wagner s’enfermer dans une causalité conspirationniste, convaincu d’avoir touché juste en désignant la «persécution juive» qui ne manque pas de le poursuivre et dont il se plaint plus crûment en privé, ainsi que son épouse Cosima l’a pieusement consigné. Près de vingt ans plus tard, Wagner enfonce le clou en republiant son pamphlet augmenté d’«éclaircissements» : les Juifs, dans son esprit, sont l’incarnation d’une modernité dégénératrice et mercantiliste liée à la race. D’où la vision crépusculaire, en 1878, d’une «victoire du monde juif moderne», qui le relie au courant des anti-Lumières décrit par Sternhell.
 
Wagner s’amuse d’ailleurs du double sens de modern, qui signifie «pourrir»… Pas d’autre moyen, pour se prémunir contre cet «enjuivement» (Verjüdung), que l’assimilation intégrale, hélas chimérique, ou «l’expulsion violente de l’élément étranger qui nous mine». En filigrane, l’intuition que l’«esprit juif» – dont il perçoit le travail d’érosion jusque chez Schumann – est plus à craindre que les Juifs eux-mêmes, idée qui conduira son gendre, le néfaste Houston Chamberlain, à écrire en 1899 : «Un homme peut, sans être du tout israélite, devenir très rapidement juif : il en est, pour cela, qui n’ont qu’à fréquenter des Juifs.» On voit où cela mène.
 
Le pessimisme décadentiste du dernier Wagner doit beaucoup à sa fréquentation de Gobineau. On touche là, dit Taguieff, aux limites de l’antisémitisme wagnérien, qui n’a fait que fantasmer, en forgeant les mythes de Siegfried ou Parsifal, un idéal de régénération des peuples européens. «Wagner, dira Nietzsche, n’a médité aucun problème plus intensément que celui du salut». Ses héritiers sauront donner une traduction concrète à ces images. La destruction des Juifs d’Europe fut tout autant la conséquence de la folie hitlérienne que l’aboutissement d’une lignée de ratiocinateurs empêtrés dans le dénouement d’une spécieuse «question juive». Laquelle fut donc tranchée, comme le nœud gordien, par le glaive. Au-delà de Wagner, Taguieff dresse ainsi une généalogie de l’antisémitisme allemand de Fichte à Hitler, en passant par Marr, Dühring et Chamberlain. Wagner s’y distingue moins par la nouveauté que par sa stature. Citer l’auteur du Ring sera désormais, pour les idéologues racistes, un gage de grandeur d’âme ; ce n’est pas par hasard que l’expression «démon plastique du déclin de l’humanité» fera florès sous la plume de Rosenberg et de Goebbels.
 
Wagner reste surtout comptable de son influence sur le fameux «cercle de Bayreuth», aveuglément porté à considérer ses contradictions comme vérités révélées. «Il faut réaffirmer que Wagner et son œuvre n’appartiennent pas aux nazis», mais que «l’antisémitisme marque cependant d’une tache politique indélébile l’héritage de ce génie poético-musical», conclut Taguieff. L’art et l’idéologie ne font pas bon ménage, le XXe siècle l’a suffisamment prouvé ; il revient à Wagner d’avoir distillé ce mélange toxique et fumeux.
 
Wagner contre les juifs Wagner contre les Juifs Pierre André Taguieff*
Berg International 2012 /  22 € – 144.1 ffr. / 400 pages
 
© Olivier Philipponnat
 
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