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28 février 2014 5 28 /02 /février /2014 08:31
En librairie - Matière noire Dror BURSTEIN
Un matin d’hiver, Ouri Ullman débarque chez son père à Jérusalem dans l’espoir de comprendre les raisons qui ont poussé Dorit, sa soeur aînée adorée, à mettre fin à ses jours, un an auparavant… et ses parents à le lui cacher. Bien sûr, l’enquête d’Ouri ne résoudra pas ces questions sans réponse, mais en reconstituant le puzzle éclaté de sa mémoire, elle tracera le portrait bouleversant d’une famille en lutte contre les lois de la gravité.

Avec une drôlerie inattendue et salvatrice, et comme en apesanteur, Dror Burstein recrée l’intimité qui unit un frère et une soeur, donne une incarnation sensible à la présence essentielle, vitale, concrète de la poésie dans certaines vies. Et nous offre avec Dorit un personnage d’âme brisée inoubliable, soeur de fiction d’Alejandra Pizarnik.
Pétri d’une grâce légère et prégnante, Matière noire interroge une société où la poésie, la différence, l’écart n’ont pas de place, sinon dans les livres. Une ode lumineuse à ces êtres à part qui choisissent de s’en aller.

http://www.actes-sud.fr/catalogue/litterature-etrangere/matiere-noire

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18 février 2014 2 18 /02 /février /2014 20:46
Toutes les musiques de Jour de Sharav à Jérusalem, de Pierre I. Lurçat

Avec son livre si poétique, Pierre Itshak Lurçat nous offre toute une palette de couleurs d’émotions. Parfois, c’est la musique que l’on entend presque tant sa présence revient comme une nostalgie lancinante de ses années de jeunesse, mais aussi comme la résonance de son intégration en Israël.

Dans ce très beau recueil de nouvelles, plusieurs amours transparaissent au fil des pages. Outre l’amour de la ville de Jérusalem et de celui d’Israël, l’auteur partage avec le lecteur celui de la musique, qu’il offre à ses sens comme une œuvre impressionniste, par touches successives. Même les cordes du pont sur la photo de Marc Israël Sellem peuvent nous faire penser à des cordes à piano.

Différentes musiques traversent les récits de Pierre Lurçat. La musique classique ouvre à l’auteur le chemin de la mémoire de ses émotions de jeunesse, tandis que les chansons modernes d’Israël accompagnent sa vie sur la Terre d’Israël. Enfin, d’autres musiques savent consoler, rendre joyeux ou apaiser l’âme des différents personnages de ces nouvelles.

L’auteur espère rompre avec son passé en renonçant à écouter de la musique classique. Il abandonne le piano, oublie même les vers appris par cœur à Paris, Automne malade ou le pont Mirabeau d’Apollinaire et les œuvres des compositeurs de musique classique, allemands ou russes.

Mais la musique a le pouvoir de raviver les souvenirs et les absences. Bien après son installation en Israël, dans « Chopin à Jérusalem », à l’écoute de la « grande valse brillante » il se demande où sont « passés ses rêves de jeunesse ». Au son d’un impromptu de Schubert, il retrouve ses souvenirs, en particulier celui de son professeur de piano, Mme Chargorovski. Les notes d’une valse de Chopin lui font éprouver « un sentiment de bonheur » ou de lointains souvenirs, comme à l’écoute d’une sonate de Beethoven (dans « Jour de Sharav » et dans « Célébrations d’automne »).

En Israël, il retrouve son amour pour la musique grâce à la prière. Le son du chofar lui évoque « un écho lointain de ses premières émotions musicales », et dans « le rabbin et le philosophe » il est sensible à « la musique des paroles de Torah ».

On n’échappe pas à son passé. Ainsi, dans « l’héritage de l’oncle Moshé », il découvre une « collection de disques de musique classique ». Moshé est même retrouvé « en train d’écouter un disque de musique classique – les sonates pour piano et violoncelle de Rachmaninov interprétées par deux jeunes artistes scandinaves. »

La musique c’est la vie aussi et l’auteur relève tristement que David Gritz le jeune Français mort dans un attentat à Jérusalem en 2002 était un musicien.

D’autres musiques habitent sa vie nouvelle en Israël, des vieilles chansons sionistes ou des chansons modernes. On imagine facilement la musique orientale entendue à la radio dans les autobus de Jérusalem (dans « Chopin à Jérusalem ») ou, dans « la Bible et le fusil », lors de la prestation de serment militaire du fils de Leonid, au moment où passent dans les haut-parleurs les « chansons à la mode de chanteurs orientaux » ou celles, plus traditionnelles, d’Eretz-Israël.

La musique apporte la joie, elle soulage le cœur et console. Il y a ainsi le joyeux « oncle Samuel » qui chante « à tue-tête des chansons tsiganes dans son taxi. » Dans « la journée d’un soldat », la musique « forte et joyeuse » des hassidim chasse le désespoir d’Alex, dû à des souffrances familiales, des blessures d’amour et des vexations subies à l’armée.

Finalement la musique fait le lien entre le passé et le présent pour Pierre Lurçat, comme pour les personnages de ses récits. Ainsi dans « Place Theodor Herzl à Paris », il entre dans le cabinet de son ami le Dr Schwarz (dont le père, déporté, avait brodé la draperie recouvrant le cercueil de Herzl lors de son transfert en Israël) et est « accueilli par une musique familière, la Première Symphonie de Gustav Mahler ».

Grâce à l’amour de la musique que Pierre Lurçat nous livre à travers ses belles phrases, je referme ce livre en pensant que l’harmonie entre le passé et le présent, entre son pays natal et Israël, vient d’abord de l’écoute de toutes ses musiques intérieures…

Julia Ser, Paris

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10 février 2014 1 10 /02 /février /2014 13:13

"Il y avait une vieille à Jérusalem. Une magnifique vieille comme vous n'en avez pas vue de toute votre vie. Elle était vertueuse et elle était sage, elle était gracieuse, et modeste aussi. Ses yeux n'étaient que bonté et compassion, et les rides de son visage, toutes de bénédiction et de paix". Tehila est âgée de 104 ans lorsque le narrateur, lui-même écrivain, fait sa connaissance au cour de la vieille ville de Jérusalem. Immédiatement ébloui, il nous raconte la bienveillance de cette femme, son extrême générosité ainsi que son passé tragique. Un jour, alors que Tehila lui demande de rédiger une lettre à l'attention d'un certain Shraga, elle lui conte son enfance en Europe et ses fiançailles rompues par son père. Elle décrit les années de malédiction qui s'ensuivirent et qui menèrent ses deux fils à la mort avant de faire sombrer sa fille dans la folie. Depuis, Tehila consacre sa vie à l'étude des psaumes et aux autres, mais elle ne peut se résigner à s'éteindre avant d'avoir adressé quelques mots d'excuse à celui qui aurait dû être son mari, Shraga. Ce court roman est l'un des textes les plus émouvants de S. J. Agnon, un texte fondateur aux innombrables perspectives. Tehila est un livre sur les différents courants du judaïsme autant qu'un poème dédié à Jérusalem, c'est un texte sur le malheur et un récit sur la sagesse à la fois. Tehila est enfin un merveilleux hymne à la beauté des femmes qui, par-delà-même la mort, rayonne dans l'ouvre du grand écrivain israélien.

EN LIBRAIRIE -  Tehila, de Samuel Joseph Agnon
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29 janvier 2014 3 29 /01 /janvier /2014 13:23
En lisant ‟Jour de Sharav à Jérusalem” de Pierre I. Lurçat

J’ai devant moi le livre de Pierre I. Lurçat, ‟Jour de Sharav à Jérusalem”. C’est un livre agréable à regarder : le format, la mise en page, la police de caractères et le corps, le papier, sa tonalité et son grammage, la couverture pelliculée mat, une couverture à dominante bleue ou plutôt bleu-gris car la photographie de Marc Israël Sellem montre un ciel nuageux structuré par une construction qui évoque le mât d’un puissant voilier ultra-moderne. Il me semble que cet élément du pont de Santiago Calatrava est devenu l’un des symboles de Jérusalem.

Le pont à cordes (pont à haubans) de Santiago Calatrava, inauguré en 2008, inspiré de la harpe de David et dont le mât figure sur la couverture de ‟Jour de Sharav à Jérusalem”.

‟Jour de Sharav à Jérusalem” est dédicacé au père de l’auteur, François Lurçat (1927-2012). En fin de livre, dans les Remerciements, le père revient : il fut son premier et son plus fidèle lecteur ; l’auteur nous confie qu’il n’aurait jamais persévéré dans l’écriture sans ses encouragements et sa lecture bienveillante. Le quatrième de couverture commence ainsi : ‟Les personnages réels ou imaginaires de ces chroniques sont, à l’instar du narrateur, partagés entre passé et présent, entre leur pays natal et la Terre d’Israël — le “pays ancien-nouveau” rêvé par Herzl et devenu une réalité, par le sang et la sueur des ‛Haloutsim, les pionniers qui ont défriché la terre et pavé les routes. “Pouvait-on aimer deux langues, deux cultures, deux pays en même temps ?” A travers les pages de ce livre, imprégné de réminiscences des auteurs classiques de la littérature française et hébraïque moderne, apparaît en filigrane la ville de Jérusalem, qui est en quelque sorte le personnage principal de ces chroniques.”

On l’a compris, l’auteur nous invite à une promenade dans l’espace et le temps. Il marche dans une ville et ausculte des mémoires, autant d’activités pour lesquelles j’ai une prédilection. Ce petit livre est divisé en vingt-et-un chapitres. Le premier intitulé “Célébrations d’automne” s’ouvre sur ces mots : “Chaque année, avec le retour de l’automne, il sentait monter en lui un sentiment de nostalgie mêlé de joie, comme lorsque dans son enfance, il voyait arriver la rentrée des classes.” Je recopie ces lignes tout en regardant par la fenêtre de ma chambre à Versailles. Je détaille le branchage des grands arbres du jardin, m’efforçant d’imaginer tout ce qui a pu en déterminer le tracé. Mais j’en reviens au livre. L’auteur évoque les marronniers et le jardin du Luxembourg, des arbres et un jardin emblématiques de mon enfance. “Pouvait-on aimer deux langues, deux cultures, deux pays en même temps ?” Je sais déjà que je vais aimer ce livre.

Je ne connais pas le rabbin Harlap mais le texte intitulé “Le rabbin et le philosophe” m’a replacé dans l’antre d’un bouquiniste de Tel Aviv. Mes fenêtres donnaient sur son commerce où j’allais fureter les jours de pluie. Je me souviens notamment de boîtes à chaussures remplies de cartes postales que j’avais détaillées une à une. J’étais reparti avec une enveloppe pleine de vues d’Italie et de Grèce — la baie de Volos ! — et de fantaisies autour de la Torah, des compositions aériennes à la palette douce et saupoudrées à l’occasion de paillettes dorées. Je ne cesse de parler de moi alors que je me suis promis de rendre compte de ce livre… Mais il se trouve, et ce n’est pas le moindre de ses mérites, que ce livre stimule ma mémoire, et il me semble qu’il en sera de même pour chacun de vous.

Qui est donc cet écrivain au sommet de sa gloire et choyé par l’étranger qui lui fait apparaître son pays, Israël, comme provincial ? Il sait qu’il a du succès pour ses qualités d’écrivain mais aussi pour ses prises de position politiques “convenables” qui ne peuvent que plaire au Ha’aretz. Après 1967, cet écrivain “avait alors déclaré publiquement son rejet de la politique d’implantation et son adhésion au principe de la paix contre les territoires”.

2002, j’étais en Espagne et je ne me souviens pas avoir lu le nom de David Gritz, ce jeune Français tué dans l’attentat de la cafétéria de l’Université hébraïque de Jérusalem. Il repose au cimetière Montparnasse, un cimetière qui s’inscrit dans mes souvenirs d’enfance : ma chère grand-mère habitait à quelques pas. A présent, le nom de David Gritz s’est inscrit dans ma mémoire. Ce quatrième texte intitulé “Le violon de David Gritz” s’achève sur une note platonicienne. C’est étrange, Platon agit comme une immense consolation. Il court en filigrane dans le Journal d’Ernst Jünger et il a été véhiculé par nombre de penseurs juifs, à commencer par Salomon Ibn Gabirol qui influença profondément des penseurs chrétiens majeurs.

David Gritz (1978-2002) : http://www.lyber-eclat.net/lyber/gritz/gritz4.html

Puis il y a le cinquième chapitre dont le titre est repris par le titre général : ‟Jour de Sharav à Jérusalem”. Un passage m’a fait réagir, page 35. Tel Aviv me parle davantage que Jérusalem — et loin de moi l’idée d’opposer le laïc au religieux ! —, je ne fais que rapporter une sincère impression de voyageur et de marcheur dans la ville. Les écrits du Rav Kook m’ont bouleversé et m’ont définitivement planté la pertinence du sionisme religieux. Mais j’en reviens à ce passage : c’est précisément parce que la ville de Tel Aviv a été construite ‟à partir de rien sur les dunes de Jaffa” que je l’aime plus que Jérusalem. Ma tendresse pour Tel Aviv est confirmée par les œuvres de Nahum Gutman, en particulier ses petits dessins au crayon qui montrent des ouvriers travaillant à la construction de ce qui est aujourd’hui une métropole, des ouvriers qui élèvent des immeubles ou qui pavent des rues. Je ne puis penser Tel Aviv sans penser Nahum Gutman. Je le répète, ma préférence pour Tel Aviv n’est sous-tendue par aucun militantisme laïc. Je profite de cette déclaration pour ajouter que la lecture de certains rabbins et penseurs religieux juifs m’aide à me diriger dans le désordre du monde, un désordre qui n’est qu’apparent, ainsi qu’ils l’affirment tous.

La naissance de Tel Aviv vue par Nahum Gutman (1898-1980)

Ce recueil de nouvelles ne cesse d’éveiller en moi des souvenirs ; il en sera sans doute ainsi avec tous ses lecteurs. Ce livre est précieux : les souvenirs s’y donnent la main ; ceux de l’auteur aident ceux du lecteur qui le remercie. Une discrète insistance entre une femme et une ville structure plusieurs de ces nouvelles. Or, tout marcheur dans la ville porte en lui ce lien souvent enfoui : parfois des femmes d’encre et de papier, des femmes littéraires, mais plus souvent des femmes de chair et de sang qui, dans les lieux de mort et de destruction massive, donnent une telle épaisseur au temps que nous ne savons plus comment l’envisager. Et je pense à des marches dans Hamburg, dans des quartiers qui furent dévastés par l’Operation Gomorrah et son Feuersturm.

Le sixième chapitre, ‟L’héritage de l’oncle Moshé”, invite à une réflexion à laquelle personne ne peut échapper. Il parle de la valeur de l’héritage laissé, des enfants bien sûr mais aussi des bonnes actions, ‟les fruits de l’homme” : ‟Toi, mon ami qui n’a pas eu le bonheur d’élever des enfants (l’oncle Moshé était resté sans enfant), tu as cependant laissé derrière toi de nombreux fruits, grâce à tes bonnes actions…” Et que fera l’auteur du modeste héritage de l’oncle Moshé ? Il se fera faire… une bibliothèque ; et en parcourant ses rayonnages, il pensera à l’oncle Moshé. La mémoire encore et toujours.

Une vue de Bialystok, cette ville qui abrita l’une des plus importantes communautés juives de Pologne : http://www.zchor.org/bialystok/bialistok.htm

Je ralentis le rythme de cette lecture. Je me sens décidément toujours plus chez moi dans ce recueil de nouvelles précises comme des gravures en taille-douce. L’oncle Moshé est retrouvé mort, droit sur sa chaise. Il écoutait des sonates pour piano et violoncelle de Rachmaninov. Il m’est devenu familier, comme l’oncle Samuel. L’un des mérites de ces pages est de vous rendre intimes des êtres que vous n’avez pas connus. Ce livre est d’une saveur douce-amère, agridulce dirait l’Espagnol. Un mot sur l’oncle Samuel : sa femme était si méchante qu’après l’avoir tourmenté, chassé et cocufié, elle fit inhumer ce Juif ashkénaze dans un caveau chrétien… sous une grande croix !

Samedi 18 janvier 2014 à Versailles. Je reprends ma lecture. Le jour se lève, une frange pâle que structurent des branchages. Je pense à Prague en automne, aux nuits parfumées d’étés athéniens entre jasmin et pistache, aux coins et recoins de fraîcheur d’étés cordouans… Ces pages me reconduisent vers tant de lieux, tant de villes, vers Jérusalem bien sûr, vers ces commerces où je contemplais les épices aux tonalités de fresques antiques et où j’achetais des pains moelleux et tièdes que je savourais dans la marche. Ces pages me reconduisent vers ce marché (entre la Central Bus Station et la Vieille Ville) où je commençais par me nourrir visuellement avant de me décider pour tel et tel pains. Elles me conduisent vers les hassidim de Bratslav à l’exubérante vitalité.

J’entreprends la lecture de ‟Chaya Kurtzovna se révolte contre Dieu”. Chaya est la grand-mère de l’auteur. Elle est née à Bialystok. Bialystok… Des souvenirs des années 1980 me reviennent. Cette ville était encore de l’autre côté du Mur. La proximité de la frontière soviétique contraignait les regards et les attitudes des corps, autrement plus qu’à Cracovie qui, en comparaison, semblait bien légère, italienne presque. A Bialystok, on respirait l’haleine du géant soviétique, je n’exagère rien. Dois-je le dire ? Cette Pologne que j’ai parcourue à pied sur quelque sept cents kilomètres puait la mort ; en traversant un bois, je fus pris par une sourde angoisse qui me fit accélérer le pas et même courir. Je n’étais pas poursuivi par des ombres inquiétantes, des fantômes, non, c’était pire. Il y avait quelque chose sous mes pieds et le mot Einsatzgruppen ne cessait de battre à mes tempes.

Bialystok où est née la grand-mère de l’auteur a été une ville juive, une ville de hassidim. D’un trait précis (on pense une fois encore à une gravure au burin), l’auteur rapporte son histoire, à peine quatre petites pages d’une belle densité qui nous rendent familiers la grand-mère Chaya et le grand-père Joseph. Pierre I. Lurçat a une autre qualité, et non des moindres, il sollicite la compassion, non pas sentimentalisme vague mais élan de sympathie envers ses personnages.

La nuit est tombée. Je suis au dixième étage avec une vue panoramique sur Paris. Je ne vois plus ni le mont Valérien ni les hauteurs de Meudon. La Tour Eiffel s’est faite dentelle de lumière. Il est tard. Avant de m’endormir, je visiterai le tombeau de Rachel et retrouverai le nom de cette poétesse du même nom (Rachel Blaustein, 1890-1931) dont j’ai découvert le visage il y a seulement quelques jours, sur le blog de l’auteur :

http://vudejerusalem.20minutes-blogs.fr/tag/rahel

Dernier chapitre, ‟Le portrait d’un ‘Halouts”, le grand-père mort en 1967, année de la naissance de Pierre I. Lurçat. L’auteur chercha à en savoir plus sur cet homme qui avait empierré les routes avant de se faire ouvrier du bâtiment, un homme qui avait construit Israël à la sueur de son front, Israël qui n’était alors que le Foyer national juif. Pierre I. Lurçat fouilla les archives, en vain. A la faveur d’une émission télévisée, il comprit que son propre itinéraire suivait celui de ce grand-père et qu’en élevant ses enfants en Israël, il poursuivait l’œuvre du ‘Halouts. Mais lisez ce livre, et relisez-le. Il mérite de prendre place à côté des meilleurs écrits de la littérature franco-isréalienne ou israélo-française, je ne sais comment dire.

J’en reviens aux Remerciements. L’auteur s’adresse à Nathalie Blau, rédactrice en chef de l’édition française du Jerusalem Post, qui a publié la plupart des nouvelles de ce recueil et qui l’a encouragé à les réunir. Le vibrato de ce livre tient aussi à cette structure particulière où chaque abacule vit sa vie pour mieux participer à la composition. Il est beau ce petit livre, entre la France et Israël, entre Paris et Jérusalem, entre passé et présent, entre ici et là-bas. Comment ne pas y être sensible ?

Olivier Ypsilantis

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13 janvier 2014 1 13 /01 /janvier /2014 16:41
Quelle société pour demain ? Réflexions juives sur la nature et l'environnement par Jacques Goldberg

Plusieurs années de réflexions sur l'environnement aboutissent à montrer la responsabilité de l'homme face à un monde moderne en plein changement tant sur le plan matériel que sur le plan spirituel. Quels impératifs s'imposent à l'homme juif dans ce monde ?

Les sciences et les techniques actuelles nous donnent les moyens d'organiser la nature, de la protéger pour le bien-être et l'épanouissement de l'homme. Mais la civilisation industrielle, sans frontières, sans freins et surtout sans lois et sans limites est à l'origine de dégradations parfois catastrophiques de l'environnement. L'Homme devra choisir : s'adapter à tout ce que propose une modernité toute en matérialité ou adopter des attitudes suggérées par la spiritualité. L'auteur essayera d'amener des réponses pour que son lecteur puisse accéder à la meilleure approche possible de thèmes a priori insolites.

L'arbre et le végétal dans une perspective planétaire qui perdure donne à l'homme cette aspiration à la vie et à l'espoir concrétisée par le geste de planter. Par le végétal, est présentée la vie et sa pérennité : appel à la vigilance et à la responsabilité de l'homme face à la nature et au monde vivant. Toute vie dans le monde, quelle qu'elle soit, revêt une dignité.

C'est dans le même ordre d'idée que la responsabilité de l'homme est engagée face à l'animal pour préserver cette dignité. Dans tous les cas de figure, l'homme ne fait que se plier à la volonté du Créateur qui l'a placé comme serviteur et gardien du Jardin, pour maintenir la biodiversité dans le monde, véritable défi pour le 21ème siècle.

Quelle société pour demain ? Réflexions juives sur la nature et l'environnement par Jacques Goldberg, Editions Lichma, 2013 – 158 pages, 19,90 €

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26 octobre 2013 6 26 /10 /octobre /2013 19:51
NOUVEAU : Jour de Sharav à Jérusalem, de Pierre Itshak Lurçat

« D'autres villes, d'autres femmes étaient sans doute aussi belles et aussi désirables. Mais aucune ne possédait l'attrait unique de l'éternité. Car Jérusalem était la ville éternelle, dont la beauté traverse les siècles, inaltérable. Elle était comme ce vin vieilli dans des outres - dont parle le Midrash - au goût de paradis... »

Les personnages, réels ou imaginaires, de ces chroniques sont, à l'instar du narrateur, partagés entre passé et présent, entre leur pays natal et la Terre d'Israël - le « pays ancien-nouveau » rêvé par Herzl et devenu une réalité, par le sang et la sueur des 'Haloutsim, les pionniers qui ont défriché la terre et pavé les routes.

« Pouvait-on aimer deux langues, deux cultures, deux pays en même temps ? L'amour jaloux et exclusif auquel il s'était entièrement donné, lui paraissait maintenant excessif et trompeur, comme un amour d'adolescent ». A travers les pages de ce livre, imprégné de réminiscences des auteurs classiques de la littérature française et hébraïque moderne, apparaît en filigrane la ville de Jérusalem, qui est en quelque sorte le personnage principal de ces chroniques.

« Il avait mis longtemps à comprendre le secret de cette attirance qu'il avait éprouvée, presque instinctivement, la première fois qu'il avait foulé le sol de ce pays et visité cette ville. Était-ce la ferveur religieuse, ou peut-être le sentiment de vivre au centre névralgique, au cœur du monde ? »

L'auteur : Né aux Etats-Unis, Pierre Itshak Lurçat a grandi en France et vit à Jérusalem depuis 1994. Traducteur de Jabotinsky, journaliste et écrivain, il a publié plusieurs essais, parmi lesquels des Préceptes de vie issus de la sagesse juive (Presses du Châtelet 2001). Il anime le blog d'actualité « Vu de Jérusalem ».

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22 octobre 2013 2 22 /10 /octobre /2013 19:10
Lawrence Durrell’s Posthumous New e-Novel ‘Judith’ Is the Modernist ‘Exodus’

As recently as the late 1970s, the now common act of openly writing outside your own identity—as a man if you were a woman, as black if you were white—was considered audacious and even disrespectful. For those who found themselves on the wrong side of society—homosexuals, the lower-classes—it was equally dangerous at times to write within their own identities. Many modernist writers therefore turned to the “Jew,” Christian Europe’s eternal symbol of otherness. The recent release of Judith, Lawrence Durrell’s unfinished novel based on the treatment he wrote for the 1966 Sophia Loren vehicle of the same name, is an opportunity to revisit the author’s relationship to his Jewish characters, who played a pivotal role in what he called the “Heraldic Universe” of his fiction.

In his personal life, Durrell, who died at 78 in 1990, was twice married to Jewish women (and became the father in this way of an ostensibly Jewish daughter); of the four celebrated novels known collectively as The Alexandria Quartet, two—Justine and Balthazar—are named for central Jewish characters.

Durrell’s personal history was fertile soil for contradiction. The part of the British Empire where he was born, for example, would become India, and although he was not Indian, he yearned for his Indian childhood throughout his life. He often spoke of his Irish heritage, but barely ever set foot in Ireland; and as his father wanted him to have an Oxford accent, young Larry was sent “home” instead to England to obtain one. A jazz-playing bohemian in London, he failed his university entrance exams and then left England for good. In the Mediterranean, he sought to escape what he called “the English death,” a morbid mixture of class system, oppressive social conformity, sexual timidity, and grim weather.

Durrell’s contemporaries in Britain often deployed Jewish characters as a reminder of their own need to blend in—and of the dangers they faced should they fail. When Somerset Maugham wanted to investigate marginalization, this social-climbing gay man wrote “The Alien Corn,” a brilliant story about social-climbing Jews, one of whom hopes to become a pianist. T.S. Eliot’s insecurities about his origins wander The Waste Land and other poems in the form of seedy Jews, seedy gays, and seedy foreigners (it’s not clear the poem’s Mr. Eugenides isn’t all three—Smyrna had a large Jewish population), an unholy trinity of outsiders any of which, but for the lottery of birth, he might himself have been.

For Durrell, on the other hand, the Jew was an icon of freedom—as were, to some extent, homosexuals, members of secret societies, and the physically deformed. While the occasional gilded “orientalization” of his Jewish characters threatens to reveal a dangerous and dark verso, it is also true that Durrell’s refusal to toe the usual line is in keeping with his iconoclastic insistence on “original innocence.” He wanted to break free of Anglo-Christian morality, and he viewed the segregation these groups faced as a gift. Looking back at the original critical reaction to Justine, it is tempting to speculate that this, rather than his poetry-infused writing, is what prompted middlebrow critics to accuse him of charlatanism (although lush prose is still today treated by many British reviewers as a kind of trick played on the reader).

In part because screenwriters—who in those days had no strong public identities, and who still today tend to work in teams of disposable members—were less bound by this code, the non-Jewish writer Lawrence Durrell found himself writing a “Jewish” book in Judith, and many of the systems by which Jews provided meaning in his previous fiction had to be put aside.

Released as an e-book with an informative introduction by editor Richard Pine, Judith is interesting in ways now it couldn’t have been then, perhaps precisely for how unfinished it is.

***

Set in Mandatory Palestine during the build-up to the U.N. partition plan and the ensuing civil war, Judith finds Durrell dealing for the first time in his career with a majority-Jewish cast, undermining his usual Jew-as-outsider symbolism—although, in a manner typical of Durrell’s search for the complexities of human allegiance, he inserts in places of prominence a British gentile widowed by a Jewish husband; a Jewish woman who before the war married a Nazi; and a British officer who falls in love with a Haganah spy. Indeed, throughout Judith, Durrell engages in—and seems almost devoted to—a constant blurring of loyalties and commitments between the personal and the professional, the national and the sexual, the selfish and the selfless.

Whether because it was to be a pot-boiler or because it was still in early stages, Judith lacks Durrell’s distinctive voice. One result is that every character—Jewish, Arab, British—speaks like a public-school boy (or occasionally like a public-school boy’s wet dream), and this odd tic inadvertently creates an even playing field on which the motivations of all the characters can achieve similar momentum. It also offers space for doubt. Aaron, for example, a Sabra and activist dedicated to the birth of Israel—by violence if necessary—cannot imagine waging war against his childhood friend, Daud, an Arab who wants to reclaim land sold by his grandfather. Grete and Judith, both recently rescued from Germany, question their dedication to Israel: Grete would see her new country’s independence lost if she could only find her missing child, and Judith wonders if she mustn’t put science before the needs of any one group of people. These are the sorts of complicated dilemmas at which Durrell excelled and that make his finest writing so deeply human. (Daud is perhaps one of the few characters not given a rounded treatment.)

Judith’s origins as a screenplay and its status as an unfinished work make it hard to judge its virtues as a novel. It seems likely that the completed book would not have been especially good, although certainly no worse than many other pulp thrillers published then (or now). Major historical moments are rushed, while personal moments of marginal importance are lingered over thoughtfully. The various plots don’t yet mesh, and some simply end without resolution. The inclinations that made his best books so very good make Durrell a poor thriller writer: He didn’t want to see the surface, but rather to wade deep into the water. Add to this the fact that he lived in constant need of money and often wrote very quickly, especially when boiling his pot, and it seems certain that if the novel had been published (which might not have been possible, as the screenplay was a work for hire), it would have joined his justifiably unremembered political thriller White Eagles Over Serbia on a backlist somewhere.

And yet, in the embryonic novel we see the mind of the author at work: the plots—and Durrell could, when he wanted, be masterful with plot—growing slowly more complex as their moral ambiguity increases, the characters gradually coming to life as the story moves forward. The result, while not a great novel, is nevertheless of great interest, whether to those who enjoy Durrell or to readers who are interested to see a previously unmarked milestone in modernist depictions of Jewish characters.

***

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Tadzio Koelb's writing on art and literature has appeared in the New York Times, Times Literary Supplement, Art in America, the Guardian, the Jewish Quarterly, and the New Statesman.

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15 octobre 2013 2 15 /10 /octobre /2013 12:57
En librairie - A la vie, de Léo Lévy
Ce livre est la relation d'un parcours - celui de Benny Lévy - à travers la voix de sa femme Léo, un itinéraire où les exigences de la pensée et les gestes quotidiens s'ajustent au plus près, alliant à l'extrême rigueur un généreux amour de la vie. "Dans la lumière sans complaisance des matins de Jérusalem, trois stations : la maison, la maison de prière, la maison d'étude. Le soir, une fois par semaine, détour par le lieu d'enseignement où un public bariolé, passionné, vient écouter le petit homme en noir. Simplicité des rythmes, transparence des jours, soi rassemblé. A Jérusalem, aucun mystère, pas de recoins obscurs grouillant de projections fantasmatiques. Mais ailleurs ? En d'autres temps ? Le chef révolutionnaire sans nom, à l'existence improbable, en tout cas invisible, pouvait-il vraiment du chaos des faits et des discours faire émerger une vision et une visée claires ? Il eut des maîtres. Côté philosophie, il se réfère à Sartre, Althusser et Lévinas. Côté sagesse d'Israël, il a été enseigné par un cabaliste ashkénaze, un rav français d'origine marocaine, un Yérouchalmi d'ascendance lituanienne. Enfin, au coeur de l'énigme, quel lien entre ce tout jeune Juif arrivé d'Egypte, pathétique et ardent, en quête acharnée d'assimilation, et la fille du faubourg Saint-Antoine, placide, rigolote par parti pris, qui portait encore vivaces les traces des villes juives de Pologne ? Etrange rencontre. Plus étrange encore, la constance malgré les turbulences".
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25 septembre 2013 3 25 /09 /septembre /2013 15:54
La pierre rejetée par les bâtisseurs  Menahem Macina  L'«intrication prophétique» des Écritures

Bien qu’il ne manque pas d’analyses et d’excursus sérieux, voire techniques, cet ouvrage affecte davantage la forme d’un témoignage spirituel engagé que celle d’un essai théologique, ce qu’il est pourtant, à sa manière. Au fait des travaux des biblistes et exégètes, l’auteur s’inscrit néanmoins dans une ligne d’interprétation – taxée de «littéraliste» par bien des spécialistes – qui voit, dans des événements contemporains, les prodromes d’une réalisation des Écritures. Il privilégie la conception d’Irénée, pour qui tel passage de la Bible (ici Gn 2, 1) est « à la fois un récit de ce qui s’est produit dans le passé, tel qu’il s’est déroulé, et une prophétie de ce qui sera ». En fait, son exégèse s’inscrit dans le droit fil de celle des Pères de l’Église d’Asie mineure des second et troisième siècles, dont l’un des plus illustres représentants fut Irénée de Lyon (IIe s.), qui croyaient en un Royaume eschatologique millénaire du Christ sur la terre.

La thèse centrale de l’ouvrage est que Dieu a rétabli le peuple juif, et qu’il est temps pour la chrétienté de prendre au sérieux le fait que le dessein de salut de Dieu, s’il englobe l’humanité entière, concerne a fortiori son peuple, trop longtemps considéré comme n’ayant plus aucun rôle à y jouer. Conscient de la marginalité de sa perception – l’opinion reçue en chrétienté étant que les juifs ne seront pas intégrés tant qu’ils ne croiront pas au Christ –, il estime qu’il y a présomption à préjuger du dessein de Dieu, dont l’accomplissement ultime reste encore caché. Sachant que sa conception – audacieuse quoique solidement fondée sur les Écritures et la Tradition – du dessein de salut de Dieu pour les «deux [peuples] dont le Christ a fait un» (Ep 2, 14), a peu de chances d’être reçue par les théologiens, il l’expose aux chrétiens qui ne se sont pas «enorgueillis» et prévient les autres que «Dieu, qui n’a pas épargné les branches naturelles, ne les épargnera pas davantage» s’ils deviennent «incrédules» (cf. Rm 11, 20-21.32).

http://macina.pressbooks.com/

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16 septembre 2013 1 16 /09 /septembre /2013 12:09
 A propos de Regain, Rachel  par Didier Ayres

Les amours spirituelles

Il n’est pas aisé de faire état de ce livre de la collection Neige, des éditions Arfuyen, à plusieurs titres. D’abord, par ce qu’il faudrait citer in extenso l’ouvrage pour en rendre la musique et la signification. Pour aussi rendre palpable ce qu’a été la vie de la poétesse, son activité, ses goûts, sa nature. Or, si l’on veut construire un éclairage sur l’ouvrage, il faut choisir un angle, tout relatif qu’il soit. Donc, essayer, malgré tout, de donner à entendre la voix particulière de l’auteur.

Cela dit, on peut aussi se porter ardemment vers l’appareil critique, et aux appels de note très instructifs, ce que, comme lecteur, je me suis autorisé parfois. Si je m’en suis privé jusqu’à un certain point, c’est afin de laisser aux poèmes leur intégrité et leur mystère, leur mouvement personnel. Car cette édition bilingue, faite à partir de l’hébreu moderne, laisse un goût impénétrable et fort, non seulement à cause de la présence de cet alphabet hébraïque en regard de la traduction française, mais aussi par la complexité grammaticale de certaines formules, qui ne rendent pas le sujet du poème abstrus, mais lui procurent, au contraire, une épaisseur et une présence, un feuilletage et une puissance.

Ainsi, si vous me laissez rêver un tant soit peu à cette lecture, je dirai que j’y ai vu des amours spirituelles, et même pour tout dire de trois ordres. Amour du livre, en premier lieu, et particulièrement de la Bible, et d’ailleurs un peu étrangement autant du Nouveau que de l’Ancien Testament, avec ce que j’ai pu reconnaître dans ma propre compréhension de ce livre, amour poétique et noble, car attaché à l’esprit plus qu’à la lettre, même si c’est par la lettre que se fonde l’action d’écrire. Mais cette forme d’approche spirituelle, issue de l’exégèse hébraïque sans nul doute, remonte pour moi autant au Pentateuque, qu’aux différents livres de la Vulgate. Citons :

Voici : je n’ai pas labouré, ni semé,

Je n’ai pas imploré la pluie.

Et tout à coup, oh ! regarde ! mes terres produisent

Du blé, béni le soleil, au lieu de chardons.

Amour du livre, donc, par exemple à travers cette idée de la Terre promise, ou de la multiplication des pains ou encore de la Manne, mais aussi amour d’autrui. Et j’ai même pris si sérieusement la chose, que j’ai repensé à ce recueil de Jean Sénac Les Leçons d’Edgard, qui sont pour moi l’embryon de ce que le poète algérien nommera plus tard le Corps-poème. C’est une sorte de « corps-poème » hébraïque que j’ai ressenti à la lecture, avec le sous-texte du Cantique des cantiques peut-être, par exemple de cette strophe :

Comme l’oiseau dans la paume de l’étouffeur, tu te débats en ma main,

Vanité perfide.

J’ai fermé tes lèvres,

J’ai serré très fort les liens sur toi

Et je me suis divertie de ton infortune :

Je t’ai atteinte !

Je me suis vengée de toi qui ruinais la fraîcheur des fleurs,

Clôturant de barrières ma route,

Ternissant sur la terre les couleurs de l’arc-en-ciel.

Mon gîte dans tes recoins obscurs avant mon retour,

Retour d’auprès de lui !

Donc une espèce de fusion du poème, une effusion de la chair de la réalité dans la clôture du langage, langage d’amour et presque de sensualité. Oui, une sorte de combustion qui terrasse la passion, qui tétanise. Cependant, Rachel est bien prise sur une arête, sur un fil, sur la limite de vivre et de mourir, à cause de sa maladie – qui l’emportera en 1931 –, et on voit comment cette impression nocturne des lits d’hôpitaux, de la présence d’un infirmier par exemple, donne à la poétesse la très exacte conscience de cette vie faite d’adossement fondamental à la mort.

Enfin, amour de la terre, je devrais dire de la Terre, ici la Palestine. Non seulement parce que la vie de Rachel Blaustein s’est déroulée en partie entre la Russie et la Palestine, mais aussi et en un sens, surtout, parce qu’elle en fait un amour spirituel d’une autre puissance, d’un ordre poétique. On voit bien ici ou là des lieux comme Tel-Aviv, Safed, Jérusalem, mais on reste sensible avant tout à la relation qu’en donne la poétesse.

Je ne t’ai pas chanté, mon pays,

Et je n’ai pas glorifié ton nom

Par de victorieux exploits,

Par les prises de guerre.

Rien qu’un arbre – mes mains ont planté

Aux bords paisibles du Jourdain,

Rien qu’une sente – mes pieds ont foulé

A travers la campagne.

C’est à travers ces éléments très simples – terre, eau, arbre – que l’on voit l’amour que Rachel porte à sa terre, à son Pays, aurait-elle peut-être dit. Mais pour conclure, je voudrais citer le traducteur, qui explique mieux que moi en quoi le style de Rachel est supérieur et important.

Rachel a été fascinée par le langage. Un style sobre, dépouillé, humble lui est apparu comme le meilleur moyen de traduire l’essentiel. […] Il s’agit de refuser l’artifice littéraire, l’apprêt, le déguisement, afin de privilégier un langage pur, empreint d’un lyrisme sincère (Bernard Grasset).

Il est donc juste de laisser les derniers mots de cette page à celui qui se fait passeur de cette toute neuve langue – si je puis dire – issue de cette école d’hébreu moderne dont l’accès est maintenant ouvert.

Didier Ayres

Regain, Rachel, traduction Bernard Grasset, Editions Arfuyen, mai 2013, 130 pages, 16 €

http://www.lacauselitteraire.fr/a-propos-de-regain-rachel

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