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9 septembre 2013 1 09 /09 /septembre /2013 09:51
 	  Claude Vigée : « L'Homme naît grâce au cri », poèmes choisis par Anne Mounic (Éditions Points).

« Qu'est-ce donc que ta poésie ? écrit Claude Vigée / Un feu de camp abandonné, / qui fume longuement dans ta nuit d'été, / sur la montagne déserte. » Voici de longues années que l'œuvre de Claude Vigée accompagne la travail des éditions Arfuyen. Elles ont fait paraître en 1988 ses traductions de L'Herbe du songe d'Yvan Goll et l'année suivante, sous le titre Le Vent du retour, ses traductions de Rainer Maria Rilke (réédité en bilingue en 2005). Elles ont publié en 1991 son recueil Apprendre la nuit. Elles ont suscité en 2007 émouvant essai « Secourir Dieu dans la Shoah : Etty Hillesum » paru dans l'hommage collectif (avec Charles Juliet et Dominique Sterckx) intitulé Etty Hillesum, histoire de la jeune fille qui ne savait pas s'agenouiller. Nous nous réjouissons que vienne de paraître par les soins d'Anne Mounic un large choix de ses poèmes écrits entre 1950 et 2012.
L'œuvre de Claude Vigée, souligne Anne Mounic dans sa belle préface, s'est constituée en réaction à l'inhumain, le jeune garçon entendant à la radio allemande, en Alsace, sa région natale, les vociférations mortifères de Hitler ; le jeune homme affrontant avec sa famille et celle de sa cousine, puis épouse, Évy, l'épreuve de l'exode, suivi des rigueurs de la Résistance, à Toulouse, avant l'exil, fin 1942, avec sa mère.
Homme d'une grande culture, Claude Vigée fut professeur à l'Université Brandeis, aux États-Unis, puis à l'Université hébraïque de Jérusalem à partir de 1960. Fin connaisseur de la littérature européenne et américaine, il est l'auteur de nombreux essais critiques, notamment sur Flaubert, Malraux, Kafka, T.S. Eliot, Claudel, Jorge Guillen et Saint-John Perse
Dans l'œuvre de Claude Vigée, l'extase ne se dissocie pas de l'errance. Le poème ne s'affranchit pas de l'expérience quotidienne en une dualité qui susciterait la tentation du formalisme ou la distorsion du langage. C'est pourquoi, en notre monde démantelé sous la pression mortifère du culte de l'objet, sa voix est une voix essentielle qui nous rappelle à cette double injonction : « Choisis la vie», « Deviens ce que tu es » L'Homme naît grâce au cri », poèmes choisis 1950-2012, édition établie, présentée et annotée par Anne Mounic, éditions Points).

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8 septembre 2013 7 08 /09 /septembre /2013 08:33
EN LIBRAIRIE - La lettre muette, d'Yitzchak Mayer

Dans ce récit autobiographique, l’auteur se glisse dans la peau (et la tête) de sa mère, Roszy, pour la lettre qu’elle aurait pu écrire à son époux Moritz raflé
à Marseille et qu’elle ne reverra plus. Un récit qui retrace les péripéties d’une traversée de la France occupée de 1943, de Marseille à Saint-Claude (Jura) en direction de la frontière suisse, par une mère accompagnée de ses deux jeunes garçons (Erwin-Yitzchak, 8 ans, et Jacky-Yaakov, 6 ans) et enceinte de huit mois d’un troisième enfant. Une odyssée qui fera basculer le destin de cette femme, résolue quoi qu’il en coûte à voir ses enfants vivre, d’une mort certaine vers un espoir de vie.

« Le soldat que j’avais enlacé se dégagea avec une extrême délicatesse de mon étreinte et dit : “Vous ne pouvez pas passer, Madame. Frontière !” Je ne comprenais pas. Il avait articulé clairement, sur un ton posé et aimable, chacun de ces cinq mots, mais je ne le comprenais pas. Il parlait un français qui m’était intelligible, j’en identifiais sans mal les mots, mais cette langue n’était ni du français ni une quelconque autre langue connue. Il était tout simplement inconcevable d’assener, dans quelque langue que ce fût, en ce lieu précis, après une telle expédition, sous le regard des soldats allemands qui nous faisaient face par-delà la démarcation et du chien couché sur la neige, et à l’heure où le jour poignait au-dessus des montagnes laissant entrevoir que des êtres humains vivaient là : “Vous ne pouvez pas passer”.
Il n’était pas pensable, en outre, d’ergoter quand on vous servait de très civilisés “Madame” et que, a fortiori, on vous opposait un “Frontière !”. J’avais donc franchi cette ligne invisible et, malgré cette réalité, voilà que je n’étais pas autorisée à faire un pas de plus au-delà de cette démarcation entre la mort et la vie. Ou alors c’était la terre entière que l’on m’opposait comme une frontière et, à ce moment-là, en quelque endroit que je me fusse trouvée, c’eût toujours été du mauvais côté, celui des condamnés à mort. »


Traduit de l’hébreu par Daniel Ohnona

http://www.alphil.com/index.php/la-lettre-muette.html

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23 juin 2013 7 23 /06 /juin /2013 09:38
 Interview de Bernard Grasset - Rachel, une œuvre essentielle de la poésie hébraïque.

Qui était Rachel Blaustein ?

Bernard Grasset : Rachel Blaustein, connue sous le simple prénom de Rachel qu’elle avait choisi comme nom d’auteur en écho de l’épouse de Jacob, est une importante poétesse juive, née en 1890 en Russie et morte à Tel-Aviv en 1931. Issue d’une famille où se mêlaient une atmosphère religieuse (sa mère, Sophie, était fille de rabbin) et une atmosphère culturelle tournée vers la réflexion, l’art, la littérature (son frère aîné est philosophe, une de ses sœurs est musicienne), elle est partie pour la Palestine en 1909. Ce qui ne devait être qu’un court voyage bouleversera son existence. Alors qu’elle avait toujours rêvé d’être peintre, elle devient peu à peu paysanne. Pendant quelques années, à partir de 1913, elle apprend l’agronomie à l’Université de Toulouse. Après un séjour à Odessa au sein d’une institution éducative de bienfaisance envers les enfants de réfugiés juifs, elle repart en 1919 pour le Proche-Orient. Près du lac de Tibériade, dans le kibboutz de Degania, elle mène alors une vie de labeur et de ferveur. Atteinte de tuberculose, elle est contrainte de quitter le kibboutz. C’est à Tel-Aviv, rue Bograshov, dans une petite chambre face à la mer, qu’elle passe les dernières années de sa brève existence. Sur fond de souffrance, de mort et d’amour, elle a élaboré une œuvre essentielle de la poésie hébraïque contemporaine.

Qu’est-ce qui caractérise sa poésie ?

B-G : L’œuvre poétique de Rachel, composée de trois recueils, Regain, De loin et Nébo, se caractérise par l’alliance de la simplicité et de la profondeur, la sobriété et l’intensité, l’imprégnation biblique et le sens de la lumière. En même temps que Rachel parle de sa vie, elle peint la condition humaine. Elle ne triche pas avec les mots. L’univers biblique et l’univers moderne entrent en harmonie. La poésie de Rachel est une poésie du cœur, attachée à ce qui est le plus essentiel dans l’existence humaine, une poésie qui, comme à l’origine, se confond avec le chant.

Qu’est-ce qui vous a séduit dans ces poèmes au point de vouloir les faire découvrir au public francophone ?

B.G : Lorsque j’étudiais la littérature hébraïque de la Bible à nos jours, avec l’Institut de la connaissance hébraïque, j’avais eu à traduire cinq poèmes de Rachel. Ce fut un éblouissement, un rare bonheur de traduction. Après une thèse sur les Pensées de Pascal et la Bible, j’ai réussi à me procurer le texte de Regain et l’ai traduit avec ardeur. Il y avait dans la poésie de Rachel une authenticité humaine, une attirance pour le lointain, une coloration biblique, une pureté de style, un langage poignant, une communion avec la nature, un élan fraternel, une force tragique, une attente dépouillée de tout artifice, une fascination pour l’azur (tekhèlét), qu’il me fallait faire partager aux lecteurs francophones. C’est ainsi que 75 ans après sa mort est paru Regain, la première traduction en français et la première édition en langue étrangère d’une œuvre séparée de Rachel. Avec De loin suivi de Nébo sont accessibles aujourd’hui les deux autres recueils de cette noble poétesse dont je n’aurai été que l’humble découvreur, le passionné serviteur.

Rachel Blaustein était-elle sioniste ?

B.G : Quand Rachel part pour la Terre Sainte en 1909, ce n’est pas pour s’y installer. Mais elle est éblouie par les paysages, le lac de Tibériade, la terre, la lumière. Elle y retrouve des racines cachées, une lointaine mémoire et elle s’attache avec ardeur à apprendre l’hébreu, en particulier auprès des enfants. « En commençant à étudier l’hébreu, nous voulions naître de nouveau » écrira sa sœur Suzanne. Rachel voulait devenir peintre. Son arrivée en Palestine, son contact avec les pionniers, son amour de la nature, transforment sa vocation picturale en vocation paysanne. La tuberculose, l’éloignement du kibboutz, la solitude, la conduiront de la vocation paysanne à la vocation poétique. De cet hébreu qu’elle avait appris dans la proximité des enfants, elle fera la langue d’un chant poétique à la fois très enraciné dans la Bible et moderne, très enraciné dans un peuple et universel. Son expérience de vie parmi les pionniers, d’enseignement de l’agriculture, de partage communautaire au sein d’un kibboutz, a été transformée en poème par l’auteur de Regain. Rachel est essentiellement pionnière de la langue hébraïque moderne. Adaptant l’hébreu biblique aux réalités de son temps, elle a voulu faire de sa vie et de son œuvre un chant, un chant où luirait sans fin la lumière azurée de Tibériade.

Est-il aisé de traduire en français de la poésie écrite en hébreu ?

B.G : Actuellement je traduis trois poètes grecs contemporains du mystère, tout en continuant à traduire des textes de Rachel. Quand je compare avec mon expérience de traduction de l’hébreu, je trouve, ce qui peut paraître en apparence paradoxal car le français se rapproche, par son lexique et sa syntaxe de la subordination, du grec alors qu’il est étranger à l’hébreu, langue sémitique non adjectivale de la juxtaposition, que le passage de l’hébreu au français se fait souvent de façon plus spontanée, fluide, comme naturellement. Sans doute, dans le cas de Rachel, cela vient-il d’une proximité intérieure, existentielle, esthétique, une proximité de mémoire, d’une amitié secrète par-delà le temps. Je ne dis pas que traduire en français de la poésie hébraïque est tâche facile, il y faut bien de la patience, mais je dis que l’on peut avec un vrai poème en hébreu écrire, par le geste à la fois scientifique et artistique de la traduction, un vrai poème en français. D’une certaine manière, c’est en traduisant le poème A Jérusalem de Yéhoudah Halévi (en particulier des vers comme « Vers toi mon âme brûle des confins d’Occident ! / Mes entrailles se déchirent quand je me souviens du passé ») que je me suis senti profondément attiré par la traduction poétique de l’hébreu. Il y avait là quelque chose de brûlant, de poignant. J’ai aimé aussi traduire des poèmes comme Le quinze shevat de Sh. Shalom ou Le chant du travail et du labeur et L’attentif de H. N. Bialik. J’aime traduire des Psaumes, les plus poétiques des Psaumes. Mais c’est toujours avec les poèmes de Rachel que le passage au poème en français s’effectue le plus directement. Ce qui est certain, c’est que, hébreu ou grec, je ne puis traduire des poètes qui ne me touchent pas au profond de mon être.

http://culture-com-06.over-blog.com/interview-de-bernard-grasset

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12 juin 2013 3 12 /06 /juin /2013 09:21
Recommencer ailleurs, un beau roman d’alyah de Sophie Stern

L’alyah – la « montée » ou l’immigration en Israël – a certes bien changé depuis l’époque héroïque des pionniers des première, deuxième et troisième alyah ! En ces temps-là, le candidat à l’installation en Eretz-Israël abandonnait derrière lui sa famille et ses proches, sans être certain de jamais les revoir, comme ce fut le cas de l’écrivain Samuel-Joseph Agnon, qui laissa sa vieille mère en Galicie, comme le relate son biographe Dan Laor. L’alyah était alors synonyme de pauvreté, de privations, de maladies parfois fatales pour ceux qui, à l’instar de la poétesse Rahel, se consacraient corps et âme au travail de la terre.

Aujourd’hui, l’alyah est plus confortable et moins risquée : Israël est un pays développé où rien ne manque (malgré les inégalités économiques) et où la qualité de vie n’a rien à envier à celle des pays occidentaux… Mais le choix de refaire sa vie ailleurs demeure une aventure pleine de surprises, comme en témoigne le roman de Sophie Stern, Recommencer ailleurs, récit d’alyah plein d’humour et de finesse.

L’auteur, née en 1969, a grandi à Paris et s’est installée en 2008 en Israël. Son livre appartient au genre bien particulier des « romans d’alyah » ; en partie autobiographique, et mêlant avec bonheur fiction et introspection, il tente de répondre à la question fondamentale et mystérieuse : « pourquoi suis-je partie ? ».

Pionniers Juifs en Galilée, 1913

Cette question que tout « Olé » (nouvel immigrant) se pose un jour – et à laquelle il ne finit jamais de répondre – c’est aussi celle que lui posent les Israéliens sabras, aux yeux de qui l’alyah est encore plus mystérieuse et incompréhensible ! « Recommencer ailleurs », comme le montre bien Sophie Stern, c’est accepter de remettre en question tout ce que l’on a considéré jusqu’alors comme donné et évident et c’est prendre le risque d’un échec douloureux…

Parmi les éléments du livre qui m’ont particulièrement touché, la description parfois caustique des « baalé téchouva » – ces Juifs revenus à la tradition, souvent pétris de certitudes et d’intolérance – et celle des anciens noceurs devenus pratiquants, qui ont jeté un « grand voile pudique » sur leur passé d’égaré… Ou encore le récit d’un cours de Tango, la fameuse milonga, au cours de laquelle la narratrice s’exerce tantôt à la danse argentine, tantôt à l’observation du public bien spécial qui vient pour apprendre, ou parfois pour d’autres raisons.

La faculté d’observation est sans doute ce qui donne à Recommencer ailleurs beaucoup de son charme. L’auteur, qui a été enseignante à Paris (elle a laissé un souvenir impérissable à certaines de ses élèves…), possède aussi une qualité devenue rare dans la littérature française contemporaine : elle sait écrire ! Avec talent et simplicité, sans prétention et très loin des fioritures et du snobisme de la vie parisienne, elle parvient à faire partager au lecteur l’expérience incomparable de l’alyah et tout ce qu’elle renferme d’imprévu, de nouveau et d’insolite. Un très beau roman.

Pierre Itshak Lurçat

Sophie Stern, Recommencer ailleurs, Avant-Propos / Collection Matanel 2013.

Rencontre avec l'auteur, Jérusalem

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29 mai 2013 3 29 /05 /mai /2013 20:09
EN LIBRAIRIE - Le Judaïsme et l'environnement, Jonathan Aikhenbaum

C'est à travers le format accessible et ludique du dialogue que cet ouvrage répond de manière claire et argumentée aux questions essentielles qui concernent la perspective de la tradition juive sur la crise de l'environnement : L'homme a-t-il tous les droits sur la nature ? Quel équilibre entre développement économique et préservation des ressources et des milieux naturels ? La disparition d'espèces animales et végétales pose-t-elle un problème éthique ? Faut-il se préoccuper des questions de pollution ? A-t-on une responsabilité personnelle sur les lieux communs tels que les océans et les espaces publics ? Longtemps avant que la révolution industrielle ait suscité en Occident une réflexion approfondie sur les questions du rapport de l'homme à la nature et de son influence sur celle-ci, l'environnement était déjà une question juive. Sur l'auteur Né en 1976 à Paris Jonathan Aikhenbaum vit depuis 1995 en Israël. Il a poursuivit des études de Biologie, de Relations Internationales et de Politique et gestion de l'environnement. Il enseigne la politique de l'environnement à l'université de Bar Ilan et anime le cercle d'étude "Makom" sur le Judaïsme et l'environnement. Ouvrage préfacé par Benjamin Gross, professeur des Universités. Imprimé sur papier écologique

  • Broché: 79 pages
  • Editeur : Calligraphy; Édition : première (2013
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19 mai 2013 7 19 /05 /mai /2013 13:11
EN LIBRAIRIE -  En tenue d'Eve: Féminin, Pudeur et Judaïsme par Delphine Horvilleur

Les discours religieux fondamentalistes actuels expriment une obsession croissante de la pudeur des femmes. Réduite aux parties de son corps susceptibles d’éveiller le désir, la femme est « génitalisée » à outrance. Faut-il alors couvrir sa nudité ? Faut-il la renvoyer à son destin : le voilement ?

Delphine Horvilleur analyse successivement les sens de la pudeur et de la nudité, l'obsession du corps de la femme et sa représentation comme "être orificiel" pour proposer une autre interprétation de la tradition religieuse. Elle met à mal les lectures qui font de la femme un être tentateur, et de la pudeur l'instrument de sa domintation. Ainsi nous montre-t-elle comment la nudité recouverte d'Adam, d'Eve ou de Noé, renvoie à une culture du désir et non à une volonté de le tuer. Comment le voile est à l'origine destiné, non à rejeter, mais à approcher l'autre. Comment le féminin concerne aussi les hommes qui endossent, dans la prière et la pratique judaïques, les attributs des femmes et du maternel. On découvre alors, dans cette plongée au cœur des grands monothéismes, un autre visage de la femme, de la pudeur, et de la religion.

Biographie de l'auteur

Delphine Horvilleur, née en 1974 à Nancy, est une femme rabbin libéral. Elle exerce au Mouvement juif libéral de France (MJLF), et est rédactrice en chef du magazine communautaire Tenou'a.

Détails sur le produit

  • Broché: 208 pages
  • Editeur : Grasset (8 mai 2013)
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12 mai 2013 7 12 /05 /mai /2013 18:02
EN LIBRAIRIE - Rachel Blaustein, dite RACHEL:  De loin suivi de Nébo

« Enracinée dans la Bible, soulignait Jean-Pierre Jossua, cette poésie de l’irréalité et de l’éphémère où luisent des signes cachés qu’il faut découvrir pour marcher vers la lumière est moderne par son dépouillement, sa brièveté incisive, sans oublier une intense présence personnelle. » Rachel est l’une des grandes pionnières de la littérature hébraïque moderne. Son œuvre se compose de trois recueils dont le troisième est paru juste après sa mort : Saphiah (Regain), Minégéd (De loin) et Nébo. Auteur de textes critiques, elle a donné en outre des traductions de l’hébreu (Bialiq, Schnéour…), du russe (Anna Akhmatova…), du yiddish et du français (Jammes).
Cette œuvre exceptionnelle, traduite en de très nombreuses langues, n’a pourtant commencé d’être traduite en français qu’en 2006 avec la parution chez Arfuyen en édition bilingue hébreu-français du premier recueil de Rachel, Regain, traduit par Bernard Grasset. Le présent volume, qui réunit les deux autres recueils de Rachel, De loin (1930) et Nébo (1932, posthume), ne laisse à l’écart que les poèmes épars réunis plus tardivement (qui feront l’objet d’un troisième volume aux éditions Arfuyen).
Alors que pendant de très longs siècles, l’hébreu servait avant tout à la transmission du patrimoine religieux, il retrouve au début du XXe siècle un élan neuf avec l’existence de communautés juives en Palestine. Au temps où Rachel écrit, il est à nouveau parlé dans les rues, dans la vie quotidienne. Jusqu’alors, la poésie était toutefois demeurée l’apanage des hommes. Mais l’écriture de Rachel rencontre immédiatement une large audience et joue un rôle pionnier dans l’adaptation de la vénérable langue hébraïque au monde moderne. Aujourd’hui encore, les anthologies de ses poèmes sont des livres à succès et son œuvre fait partie du programme obligatoire des écoles. Dans sa préface à la traduction anglaise, Flowers of Perhaps (1994), le poète Yehuda Amichaï écrit : « Ce qui est le plus remarquable dans la poésie de Rachel, c’est qu’elle ait pu demeurer, depuis plus de soixante-dix ans, aussi neuve dans sa simplicité et son inspiration. » Le chant de cette pionnière de l’hébreu moderne a ainsi le rare privilège d’être devenu véritablement le chant d’un peuple.

« Enracinée dans la Bible, soulignait Jean-Pierre Jossua, cette poésie de l’irréalité et de l’éphémère où luisent des signes cachés qu’il faut découvrir pour marcher vers la lumière est moderne par son dépouillement, sa brièveté incisive, sans oublier une intense présence personnelle. » Rachel est l’une des grandes pionnières de la littérature hébraïque moderne. Son œuvre se compose de trois recueils dont le troisième est paru juste après sa mort : Saphiah (Regain), Minégéd (De loin) et Nébo. Auteur de textes critiques, elle a donné en outre des traductions de l’hébreu (Bialiq, Schnéour…), du russe (Anna Akhmatova…), du yiddish et du français (Jammes).
Cette œuvre exceptionnelle, traduite en de très nombreuses langues, n’a pourtant commencé d’être traduite en français qu’en 2006 avec la parution chez Arfuyen en édition bilingue hébreu-français du premier recueil de Rachel, Regain, traduit par Bernard Grasset. Le présent volume, qui réunit les deux autres recueils de Rachel, De loin (1930) et Nébo (1932, posthume), ne laisse à l’écart que les poèmes épars réunis plus tardivement (qui feront l’objet d’un troisième volume aux éditions Arfuyen).
Alors que pendant de très longs siècles, l’hébreu servait avant tout à la transmission du patrimoine religieux, il retrouve au début du XXe siècle un élan neuf avec l’existence de communautés juives en Palestine. Au temps où Rachel écrit, il est à nouveau parlé dans les rues, dans la vie quotidienne. Jusqu’alors, la poésie était toutefois demeurée l’apanage des hommes. Mais l’écriture de Rachel rencontre immédiatement une large audience et joue un rôle pionnier dans l’adaptation de la vénérable langue hébraïque au monde moderne. Aujourd’hui encore, les anthologies de ses poèmes sont des livres à succès et son œuvre fait partie du programme obligatoire des écoles. Dans sa préface à la traduction anglaise, Flowers of Perhaps (1994), le poète Yehuda Amichaï écrit : « Ce qui est le plus remarquable dans la poésie de Rachel, c’est qu’elle ait pu demeurer, depuis plus de soixante-dix ans, aussi neuve dans sa simplicité et son inspiration. » Le chant de cette pionnière de l’hébreu moderne a ainsi le rare privilège d’être devenu véritablement le chant d’un peuple.
La Bible est la racine de la poésie de Rachel. Au-delà du vocabulaire et de la thématique, la poétesse relie sa propre existence à l’expérience des personnages bibliques. Ainsi de Rachel et d’Anne, d’Élie, de Mikhal, de Jonathan. Mais c’est à Job qu’elle se réfère le plus : comme lui, Rachel souffre et attend, dans le doute et la nuit du désarroi, la guérison. Parlant d’elle-même, c’est la condition humaine que peint Rachel, non pas abstraitement mais, ainsi que dans l’Écriture, de manière concrète, par la main (yad), le regard (‘ayin), la voix (qol). C’est dans une poésie de l’essentiel qu’elle veut demeurer. Un « chant de mille oiseaux », un chant de souffrance et de joie, un chant de l’être en exil et de la lumière. Pour qui a beaucoup souffert et a éprouvé l’intense scintillement du lointain azur, les fioritures, les ornements, les broderies de langage semblent inutiles.
Telle est l’expérience intense et tragique et joyeuse de Rachel, très proche au fond, dans un même destin brisé, de celle de sa cadette Etty Hillesum, dont la mère Rébecca était née elle aussi en Russie quelques années avant la poétesse (en 1881) pour s’exiler non pas en Palestine mais aux Pays-Bas.La Bible est la racine de la poésie de Rachel. Au-delà du vocabulaire et de la thématique, la poétesse relie sa propre existence à l’expérience des personnages bibliques. Ainsi de Rachel et d’Anne, d’Élie, de Mikhal, de Jonathan. Mais c’est à Job qu’elle se réfère le plus : comme lui, Rachel souffre et attend, dans le doute et la nuit du désarroi, la guérison. Parlant d’elle-même, c’est la condition humaine que peint Rachel, non pas abstraitement mais, ainsi que dans l’Écriture, de manière concrète, par la main (yad), le regard (‘ayin), la voix (qol). C’est dans une poésie de l’essentiel qu’elle veut demeurer. Un « chant de mille oiseaux », un chant de souffrance et de joie, un chant de l’être en exil et de la lumière. Pour qui a beaucoup souffert et a éprouvé l’intense scintillement du lointain azur, les fioritures, les ornements, les broderies de langage semblent inutiles.
Telle est l’expérience intense et tragique et joyeuse de Rachel, très proche au fond, dans un même destin brisé, de celle de sa cadette Etty Hillesum, dont la mère Rébecca était née elle aussi en Russie quelques années avant la poétesse (en 1881) pour s’exiler non pas en Palestine mais aux Pays-Bas.

http://www.arfuyen.fr/html/nouveautes.asp

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9 mai 2013 4 09 /05 /mai /2013 21:48
EN LIBRAIRIE - Tous ceux qu'elle aimait, Edna Noy

En 1957, après avoir écumé l’Europe à la recherche de sa fille Erika, disparue des années auparavant dans le convoi qui les menait toutes deux vers un camp d’extermination, Csillag est expulsée de son pays, la Hongrie, et envoyée en Israël, où elle poursuit sa quête.
Son arrivée à Haïfa bouleverse la vie apparemment tranquille de deux frères installés là depuis 1949 - les seules personnes qu’elle connaisse dans ce nouveau pays dont elle ne comprend ni la langue ni les usages.
Ce roman retrace avec précision et retenue l’impossible reconstruction des survivants de la Shoah et leur intégration ratée dans un État pourtant créé à la suite des horreurs qu’ils ont vécues. Née en Israël en 1950, Edna Noy est la fille unique d’un couple de rescapés hongrois de la Shoah. Son premier roman, Tous ceux qu’elle aimait, est en grande partie autobiographique.

Editions Fayard

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9 mai 2013 4 09 /05 /mai /2013 11:58
L'Affaire Kasztner Le Juif qui négocia avec Eichmann, Témoignage d'un survivant

Négocier avec les nazis pour sauver des centaines de vies, est-ce collaborer ?

http://www.andreversailleediteur.com/?livreid=849

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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 19:35
EN LIBRAIRIE - A l'est de l'ouest, Miroslav Penkov

Un petit-fils achète sur eBay le corps embaumé de Lénine pour l'offrir à son grand-père communiste ; un enfant prodige entre par effraction dans une église orthodoxe pour y dérober une croix en or ; un jeune homme ne rencontre sa cousine, l'amour de sa vie, que tous les cinq ans, au milieu d'une rivière qui coupe son village en deux - la partie ouest se trouvant en Serbie, la partie est en Bulgarie.

A travers huit vignettes mélancoliques, drôles et absurdes, Miroslav Penkov surmonte les blessures de l'exil et ressuscite son pays natal. Portrait rêvé de la Bulgarie, A l'est de l'Ouest capture avec magie l'insoutenable légèreté de l'être.

Extrait

À ma naissance, il y avait juste vingt ans qu'on s'était débarrassés des Turcs. 1898. Donc oui, ça me fait soixante et onze ans. Et oui, je suis un vieux grincheux. Un sale bonhomme. J'ai cette odeur qu'ont tous les vieillards. Je suis un supplice ambulant, hanches, épaules, genoux et coudes. Je ne ferme pas l'oeil de la nuit. J'appelle ma fille par le prénom de mon petit-fils, et je me souviens mieux du jour où j'ai rencontré ma femme que de la journée d'hier, ou même d'aujourd'hui : le 2 août, me semble-t-il. 1969. La nuit dernière, j'ai pissé au lit; qui sait quel petit plaisir me réserve la prochaine ? Je n'ai absolument rien qui sorte de l'ordinaire, rien d'original. Si ce n'est que je pourrais bien être jaloux d'un homme mort depuis soixante ans.
J'ai trouvé les lettres qu'il a écrites à ma femme, longtemps avant qu'elle ne me rencontre, quand elle n'avait que seize ans. Une découverte stupide, bonne pour un roman à l'eau de rose, pas pour la vraie vie, pas pour la vieillesse. J'ai renversé son coffret à bijoux. Le couvercle est tombé de côté, et, sous la boîte, le fond d'un compartiment secret s'est ouvert. À l'intérieur se trouvait un petit carnet, un journal tenu sous forme de lettres.
Je ne peux même pas m'imaginer écrivant des lettres qu'une femme voudrait conserver pendant soixante ans. J'aimerais que ce soit moi, et non cet homme, qui aie connu Nora à cet âge où elle était plus proche du début que de la fin. Car c'est la pure vérité : nous touchons à notre fin. Et moi je ne veux pas finir. Je veux vivre éternellement. Réincarné dans le corps d'un jeune homme, avec l'esprit d'un jeune homme. Pas dans mon corps à moi, ni avec mon esprit. Je veux revivre dans la peau de quelqu'un qui n'aurait aucun souvenir de moi. Je veux être cet autre homme.

MIROSLAV PENKOV

Né en Bulgarie en 1982, Miroslav Penkov part étudier aux États-Unis en 2001. Il obtient une licence de psychologie et un master en création littéraire, discipline qu'il enseigne aujourd'hui à l'université du Texas du Nord.

Editeur : Editions Héloïse d'Ormesson (1 mai 2013)

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