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5 décembre 2021 7 05 /12 /décembre /2021 09:29
EN LIBRAIRIE - L’indifférence et autres horreurs, de Richard Rossin : l’anti-BHL

Il y a plusieurs façons de lire le livre de Richard Rossin, L’indifférence et autres horreurs*. On peut le lire comme une suite de récits, le plus souvent tirés de faits réels, qui se déroulent aux quatre coins du globe. Il y a celui de cette jeune soudanaise anonyme, qui meurt lapidée. Ce jeune Kurde emprisonné par Saddam Hussein, qui mourra lui aussi, en maudissant la politique arabe de Jacques Chirac et de Dominique de Villepin. Cette petite marchande de lunettes réfugiée du Darfour, ou encore cette jeune fille habitante d’une banlieue française, victime d’une tournante.

 

Dans cette litanie de l’horreur contemporaine, le lecteur averti remarquera que le point commun entre la quasi-totalité de ces récits est le fait que les victimes sont presque toujours assassinées, défigurées ou mutilées par des bourreaux animés par une même idéologie, celle de l’islam radical et fanatique. Pourtant, le livre de Rossin n’est pas un nouveau pamphlet politique dirigé contre l’islamisme, comme il en existe déjà beaucoup. Son livre appartient à un genre différent et original, sui generis. Il est à mi-chemin entre le récit et la réflexion, entre la description d’un monde "ensauvagé" et la méditation philosophique sur le mal.

 

C’est la deuxième lecture possible du livre : celle qui part du poème de Victor Hugo placé en exergue, tiré de La légende des siècles. De ce poème, on ne connaît en général que le dernier vers, “L’œil était dans la tombe et regardait Caïn”, infime souvenir de classe de français. Tout le livre de Richard Rossin est une sorte de commentaire de ce poème de Hugo, dont il poursuit et développe la perspective, en l’adaptant au monde actuel. Réflexion sur le mal, ou plutôt réflexion sur ceux qui le commettent, rédigée à la première personne et nourrie à la double source du récit biblique d’une part, et de l’expérience vécue d’autre part.

 

 Richard Rossin - photo : P. Lurçat ©

Richard Rossin - photo : P. Lurçat ©

 

 

Car Richard Rossin n’est pas seulement un écrivain et un poète, amoureux de la langue française (et aussi de l’hébreu). Il est également co-fondateur de Médecins sans Frontières, organisation dans les rangs de laquelle il a parcouru le monde, du Biafra au Soudan, de la Mer de Chine au Darfour. C’est de ses missions humanitaires que sont tirés ces récits de l’horreur contemporaine, et c’est son vécu qui donne au livre sa vérité et son ressort dramatique. Comme son camarade Bernard Henri Lévy, avec lequel il a mené plusieurs missions, Rossin est un écrivain engagé.

 

Mais on mesure en lisant ces récits tout ce qui sépare les deux hommes. Là où le premier, évoquant dans son dernier film la Somalie ou le Kurdistan, ne peut s’empêcher de parler de lui à chaque instant, le second s’efface entièrement, et n’emploie jamais le “je” pour se mettre en scène. Témoin de son siècle, Rossin appartient à la catégorie des témoins qui savent se reléguer au second plan, pour faire parler les événements et leurs acteurs eux-mêmes. En cela, il appartient à la lignée des Kessel et des Koestler. Un grand livre.

 

Pierre Lurçat

* Editions Balland, 2021.

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1 décembre 2021 3 01 /12 /décembre /2021 08:08

A l’occasion de la sortie simultanée de deux livres phares ; « Des édits d’expulsion des Juifs de France » aux éditions BoDet, « L’Indifférence et autres horreurs » aux éditions Balland, Richard Rossin nous offre pour cette fin d’année 2021, ses analyses politiques pertinentes, des réflexions philosophiques éclairantes, sur le monde d’aujourd’hui et de demain, à la vue de l’Histoire, des situations géopolitiques passées et présentes, à la lumière de son expérience d’homme au service de l’humain sur le terrain. Des livres qui remuent les consciences et les cœurs, et qui nous font découvrir un auteur à la dimension d’un nouveau Camus de notre époque.

Pourquoi avez-vous eu le besoin de revenir sur les expulsions des Juifs de France ?

J’avais lu un bouquin il y a trente ans sur l’histoire des Juifs de France et m’étais rendu compte qu’aucun travail de recension n’a jamais été fait sur ce sujet. Quand on demande la date de l’expulsion des Juifs d’Espagne, tout le monde répond 1492 mais quand on pose la question sur les Juifs de France, personne ne sait. La France a été pendant trois siècles « judenrein » [purifiée des Juifs en allemand]. C’est le pays qui a le plus souvent expulsé les Juifs.

Quelle est selon vous la plus terrible de ces expulsions ?

Je pense que la plus terrible a été celle de 1306. C’est une horreur. Les Juifs ont été arrêtés, spoliés, libérés contre des tonnes d’or, et du jour au lendemain, Philippe IV expulse les Juifs. Plus de 100 000 personnes jetées sur les routes. De nombreux Juifs seront massacrés. Cette expulsion va détruire le judaïsme français qui avait eu un essor fabuleux sous Rachi de Troyes (1040-1105) et les tossafistes, les disciples de Rachi. C’est aussi une catastrophe pour la France, d’ailleurs, un poète de l’époque, Geoffroy de Paris, chroniqueur de la période, raconte à quel point les Juifs sont regrettés par la population.

Ces dernières années, des milliers de Juifs ont quitté la France, victimes de l’antisémitisme et du terrorisme. Avec votre regard sur ces expulsions, peut-on considérer que ce départ massif est une forme d’expulsion qui ne dit pas son nom ?

La question est extrêmement intéressante. Si les expulsions ont été faîtes, au moins, avec l’assentiment et l’action du pouvoir, il ne faut pas oublier que la dernière expulsion des Juifs de France a été le statut des Juifs du Régime de Vichy, une expulsion par la déportation et la mort, qui ne disait pas son nom. Aujourd’hui, l’antisémitisme renaît de ses cendres avec l’apport de l’antijudaïsme des immigrés. Les pouvoirs publics parlent beaucoup mais n’agissent pas. L’affaire Sarah Halimi en est une illustration. Oui, je crois que par négligence, par indifférence, que c’est une forme d’expulsion des Juifs de France, qui, je pense, est loin d’être finie.

On parle de plus en plus d’un déni de l’Éducation nationale dans l’enseignement de l’histoire des Juifs de France. Les politiques répètent que sans les Juifs, la France n’est plus la France mais, les Juifs de France n’ont jamais trouvé leur place dans les livres d’Histoire…

Absolument. Jamais on ne nous a enseigné qu’il y a eu des édits d’expulsion des Juifs de France. Quand on parle de l’esclavagisme, on cite souvent le fameux « Code noir » de Louis XIV, mais de quoi parle l’article premier de ce décret ? Il enjoint de chasser des colonies « les Juifs qui y ont établi leur résidence », présentés comme « ennemis déclarés du nom chrétien », ce dans un délai de trois mois sous « peine de confiscation de corps et de biens ».

Vous avez eu un incroyable parcours humanitaire en votre qualité de cofondateur de Médecins du Monde. Quel est votre regard par rapport à la crise migratoire qui frappe l’Europe ?

Je viens de publier aux Éditions Balland « L’indifférence et autres horreurs », des récits et des réflexions sur ce parcours. Il y a des idéologies contre lesquelles il faut se battre car elles sont assassines. Parmi les migrants, il y a des gens qui sont en danger de mort, il faut leur apporter assistance, tout en sachant que les victimes d’aujourd’hui peuvent être les bourreaux de demain. Il faut faire très attention.

Que voulez-vous dire ?

Des réfugiés, j’en ai vu toute ma vie. Je raconte dans « L’indifférence et autres horreurs » certaines de leurs histoires apocalyptiques mais, il y a aussi une immigration économique. Ceux-là perçoivent l’Occident comme un eldorado, d’autant que ces migrants sont remarquablement bien accueillis. Ils sont pris en charge, financés, logés, nourris et soignés. Ils sont de plus en plus revendicatifs, estimant avoir des droits sans avoir le moindre devoir en contrepartie, parfois même le simple respect pour le pays hôte et ses habitants.

La parution simultanée de vos deux derniers livres est étonnante. Est-ce volontaire ? Y a-t-il un point commun ?

Non, c’est fortuit mais vous avez- raison, on peut y voir un clin d’œil du hasard. Apres tout, il s’agit d’histoires d’êtres souffrants, tant dans Les édits d’expulsion que dans L’indifférence, il y a la une véritable résonnance. Il faut absolument étudier l’Histoire et s’en servir. Ne pas la mettre au bénéfice du présent et de l’avenir, ce que nous voyons aujourd’hui, nous positionne dans un piétinement voire une régression de l’humanité.

Richard Rossin est Docteur en médecine ; ancien interne des hôpitaux de Paris, ancien chef de clinique assistant des hôpitaux de Paris. Ancien Secrétaire Général de Médecins Sans Frontière. Cofondateur de Médecins Du Monde. Cofondateur du Comité « Un bateau pour le Vietnam ». Membre de l’American Association for Ethiopian Jews. Ancien délégué général du collectif Urgence Darfour. Ancien Vice-Président de l’Académie Européenne de Géopolitique. Conseiller du Président du Mouvement de Libération du Soudan. Ancien président du Mouvement Contre le Terrorisme et pour la paix.

Propos recueillis par Yohann Taïeb – Le Monde Juif .info | Photo : DR

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