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27 juin 2017 2 27 /06 /juin /2017 20:19
Les refus de Grigori Perelman, de Philippe Zaouati : un éloge de la liberté

11 novembre 2002 : Grigori Perelman, célèbre mathématicien, établit avec brio sa démonstration de la Conjecture de Poincaré, une des plus fameuses énigmes des mathématiques modernes. Quelques années plus tard, il est largement salué pour ses recherches. Pourtant, il décline la prestigieuse médaille Fields et persiste à ne pas vouloir quitter Saint-Pétersbourg, en dépit de l’insistance de John Ball, président de l’Union mathématique internationale, venu spécialement le rencontrer pour tenter de le convaincre d’accepter cette médaille, considérée comme l’équivalent du “Prix Nobel” en mathématiques…


A partir de ces faits historiques, Philippe Zaouati a construit un roman tout en finesse et en subtilité, qui décrit la rencontre entre les deux mathématiciens et la relation qui s’instaure entre eux. Parti pour convaincre Perelman d’accepter la médaille Fields, Ball va découvrir, au-delà de l’image que lui ont accolée les médias et les membres de la communauté scientifique, un homme et son monde intérieur. Vivant reclus auprès de sa mère dans un quartier populaire de la banlieue de Saint-Pétersbourg, le mathématicien a la réputation d’un génie solitaire, d’un ermite ou d’un autiste. Mais derrière les qualificatifs, qui est vraiment Grigori Perelman ?

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Pour répondre à cette question, l’auteur fait appel à son imagination, mais aussi à sa propre sensibilité et au témoignage de John Ball, qu’il a rencontré. Le résultat est un portrait qui, à défaut de pouvoir juger de sa fidélité (car il s’agit d’un roman) s’avère passionnant. Au-delà de son intérêt romanesque, le livre de Philippe Zaouati nous offre aussi une réflexion sur l’état actuel de la science, et sur les contradictions de plus en plus visibles entre sa vocation (la recherche de la vérité, ou du moins d’une certaine vérité du monde) et l’institution scientifique, ou ce que François Lurçat appelait la “social-science”.

 

Le “refus” de Grigori Perelman est tout autant celui des honneurs inutiles et des récompenses, qu’il méprise, que celui du rôle social (et politique) que l’institution scientifique et la communauté scientifique veulent lui faire assumer. Esprit libre, ayant grandi dans un pays où la liberté est d’autant plus appréciée qu’elle est chèrement acquise, il n’entend pas y renoncer. En ce sens, le beau roman de Philippe Zaouati est aussi un vibrant éloge de la liberté de l’homme et de son irréductible humanité.

 

Pierre Lurçat

 

Philippe Zaouati, Les refus de Grigori Perelman, éditions Pippa 2017.

 

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