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3 février 2023 5 03 /02 /février /2023 14:09
EN LIBRAIRIE - Voyage à rebours de Jacob Glatstein

Présentation du récit

1934. Yash (surnom de l’auteur) embarque à New York sur un bateau pour retourner vers sa ville natale, Lublin, en Pologne. Le voyage le mène au Havre, où il descend du bateau, prend le train, passe par Paris. Là, il retrouve des amis artistes ou écrivains yiddish au Dôme, à Montparnasse. Toujours en train, il traverse l’Allemagne – devenue nazie l’année précédente – avant d’arriver en Pologne.
Si Jacob Glatstein ne sait pas encore la catastrophe qui va s’abattre sur l’Europe, son récit dresse déjà la photographie d’un monde en train de pousser celui de son enfance dans le précipice.
Ce récit du retour au pays natal est une véritable galerie de portraits de personnages, juifs et non-juifs, du Nouveau et de l’Ancien mondes.

Voyage à rebours - Éditions de l'Antilope (editionsdelantilope.fr)

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31 janvier 2023 2 31 /01 /janvier /2023 16:21
Karine Tuil

Karine Tuil

Poème d’amour inouï, oui, mais d’un amour perdu indicible, comme s’il n’y avait que les amours perdues qui se chantent et Karine Tuil dans son Kaddish pour un amour[1], nous emporte avec elle d’orgasme en orgasme et peu importe qu’il s’agisse ici d’un orgasme des yeux, de la compréhension du cœur, de l’âme, du chant ou de l’éros. Comment a-t-elle fait sourdre dans ses 120 pages ce poème unique pour dire l’Amour perdu, pour dire l’Amant qui a rompu l’alliance, laissant derrière lui l’Amante éperdue, inconsolable, mais majestueuse dans sa douleur ? Il s’agit dans ce livre d’un kaddish à l’amour perdu, car au-delà d’une personne identifiable, il s’adresse à un être à la fois érotique et spirituel et pour lequel l’âme juive serait au cœur. Car, nous l’aurons compris, l’âme juive est au cœur de ce Kaddish – trop souvent vu comme la prière des morts, alors qu’à aucun moment aucun mot pour dire la mort n’y figure, dans aucune de ses versions, pas même dans le « Kaddish des orphelins ». 

L’amant disparu, Karine Tuil le chante dans une langue totalement imprégnée, moulée dans et par les textes de la liturgie juive. Il est celui par qui l’amour fut révélé à l’amante, à la Promise, à travers les images du pur comme de l’impur, de la mort comme de la surrection de la mort, de la sublime union des corps et des âmes dans une danse envoûtante dans laquelle nous convie la poète. Dans la tradition du Shabbat, existe un chant sublime et lui aussi envoûtant quand les paroles se taisent, par la mélodie des onomatopées, Yédid néfesh, l’ami ou l’amant de l’âme. Pourquoi, en lisant ce Kaddish pour un amour, me vient-il à l’esprit un poème infiniment mystérieux de Paul Celan, Die Pole, Les Pôles ? 

« Pour toi je te perds, c’est
Ma consolation de neige.
[…] Comme si nous pouvions, sans nous, être nous,
Je t’effeuillette, à jamais[2] […] » 

Ouvrons les pages de Karine Tuil, qui nous habiterons longtemps après les avoir refermées : 

« Béni sois-Tu
Toi qui m’as élue, entre toutes les femmes
Pour T’aimer
Toi qui m’as défaite
Par Tes mots.
Prends-moi
Rends-moi impure
Si je ne le suis pas
Qui le sera ? (p. 21) »

Poème d’un inexorable amour – ou amant – où le Cantique des cantiques est autant présent que par le Kaddish et certaines prières de Kippour, le grand Pardon, fête du jeûne et de l’expiation, toute tendue vers le Saint béni soit-Il, le Sans-Nom, l’Innommé. Karine Tuil, avec un souffle qui lui est venu d’ailleurs, du plus profond de son corps et de son âme, donc du plus haut, parle l’Éternel amant de son âme, sans que l’on sache s’il s’agit de son dialogue intérieur avec l’Innommé ou avec l’amant disparu – comme s’ils ne faisaient qu’Un. « Me voici », « Kadosh » – Saint  –, « Exégèse », sont autant de titres palimpsestes dignes de Paul Celan. Ainsi, Karine Tuil écrit-elle :

« Nous n’enterrons plus les morts
Nous n’embrassons plus les vivants
Qui viendra nous consoler
Personne
Qui viendra nous toucher
Nous aimer
Personne (p. 48) »

N’est-elle pas hantée, Karine Tuil, par Niemandsrose, La Rose de Personne, le poème le plus connu de Paul Celan ? Tout au long de son Kaddish pour un amour, elle nous déclare son appartenance inchoative et éternelle au peuple juif autant qu’à l’homme qui l’a abandonnée. Ses mots ont la puissance de la lame de fond qui l’a dévastée, lorsqu’il a rompu sans raison l’amour ou pire – l’Alliance :

« Tu as rompu l’alliance
Tu T’es coupé de moi
Tu n’as pas cru que je T’aimais
[…] Tu doutais de moi comme de l’Éternel
Et je priais
Pour que Tu voies en moi
Ta révélation (P. 64) »

Ce poème place au rang de « révélation », l’abîme d’un amour perdu. Sans doute les poètes à avoir placé une rupture amoureuse au rang d’une rupture mystique, sont-ils infiniment rares. La poésie de Karine Tuil participe de la plus haute mystique, à travers la prière juive par excellence pour dire, sans-la-dire, la mort, substituée au contraire à la sanctification du Très-Haut. 

« Je suis la présence
Toi, la disparition (p. 73) »

Toute cette déchirure de l’âme ressentie dans chaque mot de ce long thrène funèbre, prend une nouvelle dimension lorsque Karine Tuil situe le drame, ou la tragédie en cours, sur la terre d’Israël, entre Ein Gedi, désert de l’absence, un kibboutz du Néguev, la mer Morte… Puis il y a la métaphore du peuple. Celle qui dit Je, la femme trahie, incarne ici le peuple, « Ton peuple », celui ou Celle qu’il abandonna font tout Un (74). Le Néguev, le soleil de Judée, sont les lieux où l’amour fut trahi. Karine Tuil passe encore un cap, lorsqu’elle évoque tout à coup la « brisure des vases », thème des plus connus dans la mystique cabalistique. Image paradigmatique pour de nombreux artistes et penseurs contemporains juifs ou non-juifs, si l’on pense à Christian Boltanski, Anselm Kiefer, Gérard Garouste. Karine Tuil se situe dans cette haute tradition mystique de la fracture, de la disparition, du Tsimtsoum, du « retrait du divin », très proche de l’idée d’« irrévélation[3] », dont parla Levinas, le moment où le divin s’obscurcit, disparaît, « rompt l’alliance », « cesse de répondre », « refuse le recours[4] ».

« J’écris : la rétraction
Et la brisure des vases
La lumière n’entre plus
Car Tu T’es retiré
Et avec Toi l’amour
Voici l’exil
La neuvième plaie :
L’obscurité (p. 79-80) »

Karine Tuil écrit un peu plus loin :

« Tu disais : Tu es ma vie
C’est toi que j’aime
C’était l’amour
Que Tu aimais (p. 83) »

C’est le chant des funérailles de l’amour, qu’écrit ici dans une langue miraculeuse, la poète Karine Tuil, plus universelle et plus juive que jamais, au sens même où être juif dans son acception la plus métaphysique et non particulariste, est un mode de l’universel, l’un des plus paradigmatiques au monde, du fait même que le peuple juif fut celui de tous les peuples contre lequel la haine fut la plus constante depuis quelques trois mille ans. 

« Qui consolera
Celui qui est en deuil de l’amour,
Personne (p. 87) »

Quel compositeur fera-t-il de ce Kaddish pour un amour, à la langue tout à la fois biblique, mystique, célanienne et qui est celle en plénitude de Karine Tuil, une partition à la hauteur de la puissance poétique, mystique, amoureuse, tragique de cette prière ? Comment rendre en musique le moment où Karine Tuil, au bord de l’asphyxie, écrit :

« Je suis la pierre
Posée sur la tombe
Souviens-Toi
Que je T’ai aimé (p. 100) »

Qui peut s’imaginer pierre tombale pour couvrir l’être aimé mort ou mort à son amour ? Ce long poème est une montée déchirante vers la « Liturgie » qui clôture le livre, en des poèmes térébrants, inspirés, habités, hantés par les prières de Kippour :

« Inscris-nous dans le livre des vivants
Inscris-nous dans le livre de l’Amour
Inscris-nous dans le livre du retour
Reviens-moi (p. 105). »

Karine Tuil, qui a lu ou qui lira, ou qui écrira jamais un Kaddish comme le Vôtre ? Au bord de l’abîme sans doute, mais surtout à la porte de la Résurrection, de la surrection de l’Amour, votre Kaddish nous est à jamais inamissible, car il est un chant à l’Amour – à l’Amour qui ne peut pas mourir, à l’Amour qui est aussi Rédemption – à l’Amour infrangible. 

© Michaël de Saint-Cheron

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11 janvier 2023 3 11 /01 /janvier /2023 14:25
Annie Ernaux, la “race” et l’écriture de la violence, Pierre Lurçat

(Article paru dans La Cause littéraire)

 

Il faut lire le discours de réception du Prix Nobel (1) d’Annie Ernaux, pour décrypter le message politique qu’elle y exprime, et pour comprendre ce qui a été récompensé à travers elle et à travers son œuvre. Message de radicalité et de violence, assumée au nom d’une « lutte des classes » et d’une guerre des sexes (« venger mon sexe »), qui résonne bien plus en réalité avec la radicalité contemporaine qu’avec les références littéraires dont elle pare son discours.

Dans une interview à Marie-Claire (2) en mars 2021, l’écrivain explicitait son recours au mot « race » et sa phrase tirée d’un de ses carnets, « J’écrirai pour venger ma race », en les reliant à la phrase de Rimbaud, « Je suis de race inférieure, de toute éternité », tirée de son poème « Mauvais sang ». Plus encore qu’une mystification littéraire, il y a là une manipulation politique, bien caractéristique de notre époque et de ses errements. Quand Rimbaud écrit « Je suis de race inférieure, de toute éternité », il ne parle évidemment pas du concept de race, tel que nous le comprenons aujourd’hui, avec toute la charge historique et symbolique qu’il a acquise depuis son époque.

Rimbaud parle ainsi de ses « ancêtres gaulois » (« J'ai de mes ancêtres gaulois l'œil bleu blanc, la cervelle étroite, et la maladresse dans la lutte”) auxquels il s’identifie, en opposition aux premiers chrétiens. Son poème demeure certes à certains égards d’une stupéfiante actualité, dans une France largement déchristianisée. Ainsi, lorsqu’il écrit : « D'eux, j'ai : l'idolâtrie et l'amour du sacrilège… », cette phrase résonne assez étonnamment avec notre époque. Mais le génie et le caractère précurseur de l’auteur d’Une saison en enfer n’autorisent pas toutes les approximations et les récupérations.

Comme l’a bien montré Corinne Saminadayar-Perrin, Rimbaud n’est en effet nullement le promoteur d’une « contre-histoire, celle des vaincus, des proscrits, des laissés-pour-compte » dont il serait le « porte-voix ». A cet égard, la manière dont Annie Ernaux le revendique, pour justifier sur le plan littéraire son appel à « venger sa race » relève de cette même supercherie, aujourd’hui tellement répandue, qui consiste à aller chercher dans les auteurs du passé les traces de nos préoccupations actuelles, en faisant fi de tout contexte historique et de toute analyse sérieuse de leur œuvre. Conformément à l’idéologie post-moderne devenue dominante, et largement issue des départements de sciences humaines et de littérature, la relecture faite par Annie Ernaux du poème de Rimbaud « décontextualise » celui-ci et permet ainsi toutes les récupérations idéologiques, et tous les anachronismes.

Un appel à la guerre civile

Mais le plus grave dans le discours d’Annie Ernaux n’est pas là. Car cette infime manipulation littéraire a de toute évidence une visée politique, comme presque tout ce qu’elle écrit. Lorsqu’elle parle d’écrire « pour venger [sa] race », il ne s’agit pas d’une métaphore, mais bien d’un appel à la lutte des classes et à la guerre des sexes. La phrase tirée de son journal intime, rédigée à l’âge de 22 ans, prend un sens bien différent et un jour beaucoup plus sinistre, soixante ans plus tard, dans une France en danger de guerre civile larvée, où les affrontements et les « violences communautaires » sont quotidiens. Annie Ernaux ne l’ignore nullement : bien au contraire, elle se réjouit et jubile de se faire (contrairement à Rimbaud) la porte-voix des nouveaux « exclus » que sont à ses yeux les étrangers, les immigrés, les habitants des banlieues et des quartiers.

C’est en ce sens qu’elle revendique une « langue de l’excès, insurgée, souvent utilisée par les humiliés et les offensés ». Dans cette « langue de l’excès », on reconnaîtra aisément le « nique ta race » des banlieues françaises, auquel le « venger ma race » d’Annie Ernaux fait écho, bien plus qu’à la citation du poème « Mauvais sang » de Rimbaud auquel elle prétend le rattacher… C’est bien la même radicalité politique qu’on retrouve dans son discours de Stockholm et ailleurs dans son œuvre, qui lui confère son caractère tellement actuel, mélenchoniste, radical et subversif. Et c’est bien, sans la moindre ambiguïté possible, cette radicalité subversive que les jurés de Stockholm ont entendu récompenser, par-delà les qualités littéraires – supposées ou bien réelles – de son œuvre.

 

Pierre Lurçat

 

1.   Annie Ernaux : « J’écrirai pour venger ma race », le discours de la Prix Nobel de littérature (lemonde.fr)

2.   Annie Ernaux : "Je suis toujours révoltée" - Marie Claire

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10 janvier 2023 2 10 /01 /janvier /2023 09:11
Le Traité du microcosme de Moïse ibn Tibbon :  redécouvrir la place éminente de l’homme dans la Création

 

Cela fait plus de quarante ans que les éditions Verdier ont entrepris un travail remarquable de traduction en français des œuvres essentielles de la tradition juive, dans le cadre de la collection « Les Dix Paroles ». Celles-ci ont ainsi publié les Aggadoth du Talmud de Babylone, le Zohar ou le Guide des égarés, et elles mettent aujourd’hui à la disposition du public francophone le Traité du microcosme, de Moïse ibn Tibbon. Ce livre inclassable, traduit pour la première fois en français, est précédé d’une importante introduction portant à la fois sur le contexte historique de sa rédaction et sur la famille des Tibbonides, comprenant quatre générations de savants et traducteurs.

 

De Moïse ibn Tibbon, je ne connaissais jusqu’à récemment – comme bien des lecteurs francophones – que le nom, qui est celui de la rue où j’habite à Jérusalem, rehov ha-Tibbonim, dans le quartier de Rehavia. La famille des Tibbonides est pourtant une illustre famille de savants juifs d’origine andalouse, installée en Provence dans les années 1150. Moïse ibn Tibbon, né vers 1190 à Marseille, appartient à la troisième génération. Son père, Samuel ibn Tibbon, né à Lunel vers 1165, est notamment le traducteur en hébreu du Guide des égarés de Maïmonide (que ce dernier rédigea en arabe).

 

Comme l’explique Colette Sirat dans sa préface, les communautés juives vivant dans les pays chrétiens pendant la période médiévale étaient largement coupées de l’évolution des sciences et de la philosophie, en raison de l’obstacle linguistique. Elles ignoraient en effet le latin, langue d’étude à laquelle les Juifs n’avaient alors pas accès. Dans le monde musulman, par contre, les livres de philosophie et de sciences étaient accessibles à tous, ayant été traduits en arabe depuis plusieurs siècles.

 

C’est pour pallier cet obstacle que les Tibbonides entreprirent leur travail de traduction de l’arabe vers l’hébreu. Leur travail de traducteurs s’accompagna d’un travail de lexicographie original dont le présent livre donne un aperçu, en publiant notamment un glossaire philosophique de l’hébreu employé par les Tibbonides. Moïse ibn Tibbon fut l’auteur le plus prolifique de toute l’histoire de la traduction vers l’hébreu : il traduisit ainsi pas moins de 34 ouvrages savants, entre 1240 et 1274, portant sur des domaines aussi variés que la logique, les mathématiques, l’astronomie, la médecine, etc. Comme le font remarquer les éditeurs et traducteurs du Traité du microcosme, Arlette Lipszyc-Attali et Christophe Attali, « Moïse ibn Tibbon n’a pas bénéficié de l’étude approfondie qu’il mérite ». Leur livre vient combler en partie cette lacune.

 

Le Traité du microcosme (Ma’amar Olam Qatan) aborde un thème courant dans la sagesse universelle, celui de l’homme comme microcosme (« petit monde ») résumé du macrocosme ou « grand monde ». Ce thème traverse les siècles et les cultures, de l’Orient (Perse, Inde, Chine, etc.) et de l’Occident. Le Traité d’ibn Tibbon a toutefois pour originalité de l’aborder dans la perspective juive traditionnelle, celle qui apparaît notamment chez Yehouda Halévi dans le Kouzari ou dans les commentaires sur la Bible d’Abraham ibn Ezra. Leur idée essentielle est que l’homme peut parvenir à la connaissance des mondes supérieurs au moyen de la connaissance de son âme et de son corps.

 

La rédaction du Traité par ibn Tibbon s’inscrit également dans le contexte historique de la polémique interne au monde juif de Provence à son époque, où les rabbins conservateurs s’opposaient à l’étude de la philosophie et des sciences. On a peine à imaginer aujourd’hui que Maïmonide, entré depuis longtemps dans le Panthéon des grands savants du judaïsme, fut considéré à l’époque comme dangereux par de nombreux rabbins et que son Guide des égarés – traduit par Samuel ibn Tibbon comme nous l’avons dit – fit l’objet de controverses virulentes en Provence, et fut même brûlé en place publique à Montpellier[1]!

 

Actualité de Moïse ibn Tibbon

 

Ce serait une erreur de croire que la publication en français du Traité du microcosme ne concerne qu’un public restreint d’érudits, ou d’esprits curieux susceptibles de s’intéresser à la philosophie juive du Moyen-Âge. En réalité, on découvre en le lisant – outre son intérêt historique et philosophique – un lien avec l’actualité la plus brûlante. En effet, sa démonstration du lien entre le microcosme et le macrocosme, entre l’homme et le monde, s’appuie notamment sur le rappel du « caractère unique de l’homme dans la création ».

 

Ce rappel d’un point central de la conception juive de l’homme, « fait à l’image de Dieu et à sa ressemblance » (be-Tselem Elohim) est crucial à une époque qui, comme la nôtre, nie le caractère éminent de l’homme. La conception post-moderne de l’humain est ainsi passée graduellement de « l’homme n’est qu’un homme » à « l’homme n’est qu’un animal comme les autres », puis à « l’homme est le plus nuisible des animaux »[2]. Dans ce contexte, le débat philosophique ancien sur l’homme comme microcosme prend un sens tout à fait nouveau et actuel, en incitant le lecteur contemporain à redécouvrir la notion d’homme créé à l’image de Dieu et la dignité de l’humain qui en découle.

Pierre Lurçat

 

Moïse ibn Tibbon, Traité du microcosme, trad. A. Lipszyc-Attali et C. Attali, éditions Verdier 2022, collection “Les Dix Paroles”.

 

[1] Voir à ce sujet l’article éclairant de Gad Freudenthal, Controverses maïmonidiennes, Les Cahiers du judaïsme, Numéro 28 : Interdits et exclusions, p. 38-52, Paris, Éditions de l’Éclat, 2010, repris sur le site Sifriaténou..

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9 janvier 2023 1 09 /01 /janvier /2023 13:44
Quelques pas dans les pas d'un ange Une enfance avec Marc Chagall

 

Les grands artistes sont aussi, parfois, des parents. Lire leur portrait dressé par leurs enfants permet de découvrir l'envers du décor, c'est à dire l'homme qui se cache derrière l'artiste. Le livre de David McNeil consacré à son père, Marc Chagall, réédité par Gallimard dans une édition augmentée et illustrée, ne décevra pas les amoureux du peintre de Vitebsk. On n'y trouve certes aucune révélation fracassante, aucun travers caché et aucune conclusion rabaissante et conforme à l'esprit de notre époque, qui aime niveler par le bas. Au contraire, le portrait de Chagall par son fils est à l'image de l'artiste tel qu'il ressort de son œuvre, aérien, léger et attachant.

 

En le lisant, j'ai pensé au beau livre que Pierre Renoir avait écrit sur son père. On y trouvait la même beauté simple et tranquille et la construction harmonieuse que les tableaux de son père. Celui de McNeil ressemble quant à lui beaucoup plus à… un tableau de Chagall, parfois décousu et peuplé de personnages qui semblent flotter entre ciel et terre. Il ne faut évidemment pas y chercher une biographie ou un récit circonstancié de l’enfance de l’auteur, mais plutôt une galerie de personnages et d’anecdotes, souvent drôles, parfois tristes.

 

David Mc Neill est le fils de Chagall et de Virginia McNeil, fille de diplomate que le peintre avait engagée comme gouvernante pour s’occuper de son père à New York, avant qu’ils ne tombent amoureux l’un de l’autre. Le jeune David passe quelques années avec ses parents, jusqu’à leur séparation en 1952, alors qu’il est âgé de six ans. Après avoir suivi sa mère en Belgique, ill revient ensuite auprès de son père et de sa seconde femme, Valentina (“Vava”) Brodsky. Celle-ci le tient toutefois éloigné de son père, qui finit par l’envoyer dans un pensionnat.

 

Malgré ces circonstances familiales compliquées et la belle-mère (qui n’apparaît que sous le pronom “Elle”) les souvenirs d’enfance de David McNeil sont plutôt heureux. Il relate ainsi les rencontres avec les amis de son père, comme Picasso avec lequel Chagall entretenait une relation de rivalité complice. “Quel génie ce Chagall !” s’exclama un jour Picasso, ajoutant aussitôt : “Dommage qu’il ne fasse pas de la peinture !” Parmi les lieux fréquentés par le jeune David, Sils-Maria côtoie Tel-Aviv, Berck-Plage ou Jérusalem, à propos de laquelle l’auteur déclare : “Si dans votre vie vous ne décidez de ne faire qu’un seul voyage, n’allez pas ailleurs qu’à Jérusalem”.

 

Le portrait de Chagall par son fils nous fait découvrir un artiste qui, tout en fréquentant les grands de ce monde, ne perd jamais sa simplicité. Attablé à un bistrot de l’île Saint-Louis, assis à côté de deux ouvriers qui le prennent pour un collègue, avec sa chemise à carreaux et ses mains burinées, il s’entend demander : “Vous avez un chantier dans le coin ?”. “Je refais un plafond à l’Opéra”, répond Chagall en plongeant sa fourchette dans son œuf mayonnaise.

 

Tout aussi précieux que ces anecdotes sont les nombreuses illustrations qui ornent ce livre, presque toutes tirées de collections particulières, y compris celle de David McNeil. On y découvre ainsi des œuvres méconnues de Chagall, tel ce portait de son fils plein de couleurs et de tendresse, ou encore une photo de l’artiste tout sourire, son fils sur les genoux. Un livre émouvant et plein de charme.

 

 

David McNeil, Quelques pas dans les pas d'un ange - Une enfance avec Marc Chagall, Gallimard 2022

Quelques pas dans les pas d'un ange Une enfance avec Marc Chagall
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8 janvier 2023 7 08 /01 /janvier /2023 10:56
Affaire Houellebecq : c’est ainsi qu’Allah est grand !

 

Cher Michel Houellebecq,

 

En découvrant cette information, j’ai cru lire un passage de votre roman Soumission. « Après avoir rencontré le recteur de la Grande Mosquée de Paris », avec la médiation du Grand Rabbin de France, « l’écrivain va corriger ses propos litigieux contre les musulmans ». J’avais envie de croire qu’il ne s’agissait pas de l’actualité mais d’un de vos livres, et que vous aviez imaginé cette situation, au lieu d’en être le protagoniste. D’aucuns diront que vous avez ouvert la boîte de Pandore, en débattant avec Michel Onfray dans les colonnes de son journal Front Populaire, au lieu de laisser vos personnages faire le sale boulot à votre place.

 

Moi aussi, en apprenant que vous étiez poursuivi par le très petit Recteur de la Grande Mosquée de Paris, ma première réaction fut de me dire, « Quel courage ce Houellebecq ! ». C’est pourquoi l’annonce du compromis tissé par l’entremise du Grand Rabbin Korsia m’a semblé tout d’abord être une issue déplorable, de laquelle personne ne sortirait grandi, sauf peut-être le nom d’Allah (comme disait le regretté Alexandre Vialatte). Et puis, en y réfléchissant à deux fois, j’ai pensé que vous aviez eu raison d’accepter ce compromis qui, même s’il n’est pas très glorieux, a au moins le mérite de vous laisser hors d’atteinte des djihadistes de tout poil, ceux qui manient la kalachnikov et ceux qui traînent les écrivains dans les prétoires.

 

Car voyez-vous, cher Michel Houellebecq, il est très difficile de gagner ce genre de procès. Le djihad judiciaire (puisque c’est de cela qu’il s’agit) joue sur du velours, car les juges vivent dans le même monde que nous, et ne sont pas plus que nous protégés contre les atteintes des djihadistes. Un mauvais compromis vaut mieux qu’un mauvais procès, surtout lorsque le plaignant est le représentant d’une religion qui manie alternativement le sabre et le Coran et qui assoit chaque jour un peu plus son emprise dans notre pays, comme vous le savez mieux que moi.

 

Bien entendu, vous auriez pu faire le choix inverse et risquer de devenir, dans le pire des cas un nouveau Salman Rushdie, et dans le meilleur, un nouveau Georges Bensoussan. Ce dernier pourrait vous en dire long sur l’impartialité des juges et sur leur compréhension pour les arguments des défenseurs attitrés de l’islam en France. C’est sans doute ce qu’a dû vous dire le Grand Rabbin Korsia, qui est lui aussi expert en matière de dhimmitude, même s’il n’a pas vécu dans un pays arabe.

 

Vous avez donc sagement accepté ce compromis et je vous en félicite. Vous êtes trop précieux à vos lecteurs pour risquer de les priver de votre plume, qui est une arme tout aussi redoutable que la kalachnikov des émules d’Allah. Retournez donc à votre table d’écrivain et laissez tomber cette idée quelque peu farfelue de devenir le personnage de votre roman. Vous avez mieux à faire en restant « protégé » derrière le mince voile qui sépare encore la réalité du roman et en jouissant du privilège de l’écrivain, qui peut dire ce qu’il veut, sous couvert de fiction. Continuez d’écrire pour notre bonheur à tous, et comme disait ma grand-mère, « que nos ennemis s’étouffent » en vous lisant.

Pierre Lurçat

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22 décembre 2022 4 22 /12 /décembre /2022 13:43
Pourquoi déconstruire ? de Pierre-André Taguieff :  Aux origines de la radicalité intellectuelle contemporaine

« Déconstruire » : le mot est sur toutes les lèvres et dans tous les débats intellectuels depuis plusieurs décennies. Mais il a pris récemment un sens nouveau – et encore plus radical – reflet de notre époque qui voit l’émergence d’un nouvel obscurantisme totalitaire. Dans son dernier livre, Pierre-André Taguieff explore les origines philosophiques de la « déconstruction », en remontant à Nietzsche et aux lectures idéologiques et souvent déformantes qui en ont été faites, depuis Heidegger jusqu’à Derrida.

 

            L’enjeu du livre dépasse toutefois de beaucoup la simple histoire des idées et son sujet très actuel revêt une importance cardinale, à la fois politique et philosophique. Comme l’explique l’auteur, « depuis la fin des années soixante s’est progressivement installée, dans les milieux universitaires et plus largement dans l’opinion du public cultivé en Europe de l’Ouest comme aux Etats-Unis, l’idée que la philosophie ne pouvait plus être une recherche de la vérité, une quête du sens (...) et qu’elle devait être désormais une activité de déconstruction sans limites des textes philosophiques ».

 

            L’utilisation du mot déconstruction repose dans cette perspective, comme l’explique Taguieff, sur une méprise, voire sur une manipulation idéologique. Au sens premier, chez Heidegger par exemple, il s’agissait de déconstruire les concepts métaphysiques pour retrouver l’expérience originelle, selon la méthode phénoménologique. Par la suite, le concept a été récupéré par différents auteurs sur les deux rives de l’Atlantique, et notamment par Jacques Derrida en France, que certains considèrent comme le « père de la déconstruction ».

 

            Pierre-André Taguieff consacre des pages éclairantes et parfois drôles au « mélange de futilité, de cuistrerie et de préciosité » de Derrida et de ses disciples, montrant comment celui-ci a « inventé un type de jeu philosophico-littéraire aussi laborieux qu’ennuyeux ». Mais le caractère souvent ridicule des « dé-constructionnistes » de tout poil ne doit pas faire perdre de vue la dangerosité de leur entreprise, dont sont issus les mouvements intellectuels les plus radicaux actuels, comme le post-colonialisme, la théorie du genre et le wokisme. A cet égard, l’intérêt majeur du livre est de retracer la généalogie de tous ces mouvements et d’exposer leur articulation interne, et la manière dont ils participent tous d’une même entreprise de « criminalisation de la civilisation occidentale ».

 

L’auteur mentionne ainsi Claude Lévi-Strauss, parmi les nombreux ancêtres des tendances destructrices actuelles. Ce dernier, dès 1950, faisait en effet de l’Occident judéo-chrétien le « coupable » de tous les maux, en l’accusant d’avoir engendré le colonialisme, le fascisme et les camps d’extermination. Mais, aux yeux de Lévi-Strauss, ces crimes ne constituaient pas la trahison de l’idéal humaniste occidental, mais bien sa conséquence ultime, le « péché originel » étant pour lui la distinction établie entre l’humain et les autres espèces. Et l’ethnologue en tirait la conséquence, en affirmant que « le but des sciences humaines n’est pas de constituer l’homme mais de le dissoudre ».

 

            La dénonciation de l’ethnocentrisme occidental allait aboutir, quelques décennies plus tard, aux mouvements décolonialistes et à tout le magma radical anti-occidental, anti-humaniste et antisioniste actuel. Taguieff observe le « paradoxe tragi-comique du décolonialisme » qui, en dénonçant une « pensée blanche », réintroduit et banalise « dans le discours académo-militant l’essentialisme et l’ethnocentrisme », en inversant le racisme blanc en racisme anti-Blancs. Un livre important.

Pierre Lurçat

 

 Pierre-André Taguieff, Pourquoi déconstruire ? Origines philosophiques et avatars politiques de la French Theory, H&O éditions 2022.

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18 décembre 2022 7 18 /12 /décembre /2022 10:46
EN LIBRAIRIE - Quelques pas dans les pas d’un ange. Une enfance avec Marc Chagall

Illustrations de Marc Chagall

Édition illustrée

Collection Blanche, Gallimard
Parution : 24-11-2022
EN LIBRAIRIE - Quelques pas dans les pas d’un ange. Une enfance avec Marc Chagall
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16 décembre 2022 5 16 /12 /décembre /2022 12:40
EN LIBRAIRIE - « La République des Hébreux », d’Eric Nelson

L

La généalogie de la modernité a engendré un discours qui veut que l’une de ses formes, la république, aurait résulté d’une désacralisation progressive de la politique. C’est ce récit familier que l’ouvrage important d’un jeune professeur d’Harvard (Massachusetts), Eric Nelson, vient mettre à mal ou contrebalancer. Pour lui, au contraire, l’idée que la république serait le seul régime légitime (« l’exclusivisme républicain ») puise ses sources dans la Bible. La discussion sur la « république des Hébreux », dont le seul souverain serait Dieu, constituerait au XVIIe siècle le terreau inattendu d’une réflexion qui, selon l’historien des idées, se prolonge jusqu’à aujourd’hui, au-delà de l’abolition des monarchies.

Aussi riche que convaincant, l’essai montre comment trois conceptions modernes de l’Etat ont été en réalité élaborées à partir de la redécouverte par les « hébraïstes chrétiens » − principalement protestants − des sources juives d’interprétation du canon biblique, qu’ils aient puisé dans le Talmud, les commentaires ou la littérature homilétique (midrash). Le juriste néerlandais Petrus Cunaeus (1586-1638) aurait ainsi été le premier à ériger en modèle positif la « loi agraire » jusque-là honnie en prenant pour modèle la règle du Pentateuque qui prescrit la redistribution des terres tous les cinquante ans dans le but de les restituer à leur propriétaire d’origine au cas où il aurait dû les vendre.

Avec l’idéal redistributeur, Nelson ­estime, sans peur du paradoxe, que les penseurs de la « première modernité », au Grand Siècle, et notamment Thomas Hobbes, ont également trouvé dans l’Ancien Testament et son exégèse par les juifs l’idée de la tolérance. Dès lors que Dieu lui-même a dévolu le pouvoir sur Terre aux magistrats et non aux prêtres, les croyances privées se voient dépouillées de toute importance publique et ne posent plus de problèmes. Certes, cette République des Hébreux force parfois à une lecture subtile, voire déconcertante des textes. Cela fait son intérêt mais aussi son charme. N. W.

« La République des Hébreux. Les sources juives et la transformation de la pensée politique européenne » (The Hebrew Republic), d’Eric Nelson, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Frédéric Hermann, Françoise Orazi et Cyril Selzner, Le Bord de l’eau, « Judaïca », 200 p., 22 €.

SOURCE : lemonde.fr

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13 décembre 2022 2 13 /12 /décembre /2022 18:10
Notre langue d’intérieur, de Talila : un recueil aux saveurs de hareng aux oignons

 

Le petit livre de la chanteuse Talila, Notre langue d’intérieur, dont les éditions L’Antilope ont eu la bonne idée de publier une nouvelle édition enrichie, est un petit trésor qui ravira tous les amoureux du yiddish, et au-delà, tous ceux qui savent ce que cette langue représente dans l’histoire du judaïsme ashkénaze. Trésor d’évocation, de nostalgie et aussi d’humour. En le lisant, j’ai souvent pensé – comme bien des lecteurs sans doute – à mes grands-parents et à ma mère. Ce livre est en effet rempli de souvenirs qui sont communs à plusieurs générations de Juifs d’origine d’Europe centrale, dont les parents ou les grands-parents venus de Pologne et d’ailleurs parlaient le yiddish.

 

Bien des anecdotes relatées par Talila feront sourire le lecteur averti : la carpe frétillant dans la baignoire, avant d’être assommée et farcie (« le sacrifice de la carpe était le seul rituel qui nous reliait au dieu ashkénaze »), le banquet de « l’amicale des culottiers » du onzième arrondissement, et surtout l’accent à couper au couteau des personnages de cette mini comédie humaine, qui achetaient du « bèr dè Charonton » (beurre des Charentes) et se souhaitaient « A freylekhe Nouel » (« Un joyeux Noël »). Ou encore « Madame Sizanne », revenue d’Auschwitz « pleine de haine et de fureur »... « La prochaine fois, c’est nous qui vous mettrons dans les fours », disait ma grand-mère, qui n’avait pourtant été « que » jusqu’à Drancy (c’était, bien entendu, avant le wokisme et le politiquement correct).

 

En lisant Talila, j’ai aussi pensé à ses chansons, qui ont bercé mon enfance et ont constitué le « bagage juif » de mon adolescence parisienne, avec les gâteaux au pavot achetés rue des Rosiers. Je me souviens avoir entendu Talila chanter en yiddish, il y a trente ans et plus, et entrecouper ses rengaines d’anecdotes qui ressemblaient à celles du présent livre. « Notre madeleine à nous, c’est le hareng aux oignons », écrit-elle, car on ne peut pas évoquer le Paris ashkénaze de son enfance sans parler cuisine…

 

Le livre de Talila peut se lire comme un hommage au yiddish, cette langue bizarre et attachante, mélange de haut-allemand, d’hébreu et de toutes sortes de mots d’origines diverses, qui continue d’être parlée dans certains quartiers juifs orthodoxes aux Etats-Unis ou en Israël, mais dont l’immense majorité des locuteurs ont péri dans la Shoah. En le lisant, j’ai repensé aux mots d’Isaac Bashevis Singer, un des grands écrivains yiddish du vingtième siècle : « Dans les romans, le temps ne meurt pas. Pas plus que les hommes et les animaux. Pour l'écrivain et ses lecteurs, toutes les créatures continuent à vivre éternellement ». Merci, Talila de faire revivre pour vos lecteurs le Paris ashkénaze d’après-guerre et de nous donner le plaisir de vous lire.

Pierre Lurçat

 

Talila, Notre langue d’intérieur, L’Antilope collection poche, 128 p. 2022.

 

 

Chaya Kurtz, ma grand-mère

Chaya Kurtz, ma grand-mère

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