Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
22 mars 2017 3 22 /03 /mars /2017 10:03
Dans « La trahison des clercs d’Israël » (La Maison d’édition, 2016), Pierre Lurçat analyse les raisons pour lesquelles des clercs juifs, diasporiques ou/et israéliens, ont trahi les valeurs du judaïsme et du sionisme, se sont fourvoyés dans leur perception du conflit, et ont refusé toute spécificité juive de l’Etat d’Israël. Des débats fondamentaux remontant aux premiers Congrès sionistes mondiaux et agitant, voire minant, sous diverses formes, les institutions, la démocratie libérale et la société israéliennes, ainsi que la légitimité d’Israël. Le 21 mars 2017, de 20 h à 22 h 30, l’association France-Israël – Alliance Général Koenig organise la conférence de Pierre Lurçat sur son livre à la Maison des associations du 8e arrondissement de Paris.
 
A l’instar du philosophe Julien Benda en 1927, Pierre Lurçat fustige certains clercs, « intellectuels juifs d’Israël ou de la diaspora ».
 
Il stigmatise leur cécité à l’égard de la réalité, leur préférence pour des « principes abstraits et éternels au détriment des nécessités vitales de l’heure dont dépendaient l’existence concrète du peuple juif ». Un aveuglement persistant qui les incite à adopter un processus pervers d’inversion du réel : ces membres de l’intelligentsia juive reprochent aux Juifs les vices de leurs ennemis implacables : dirigeants nazis ou arabes.
 
L’auteur désigne Brith Chalom (Alliance pour la paix) réunissant des intellectuels allemands dont Martin Buber et Gershom Scholem. Prétendant « réconcilier politique et morale », ce groupe a privilégié, dans son analyse du conflit au Proche-Orient, la « question arabe » soluble, selon Brith Chalom, par la coexistence pacifique entre Juifs et Arabes dans un Etat binational. La négation du sionisme politique.
 
A cet égard, Pierre Lurçat démontre que cette « question arabe » a été dès la fin du XIXe siècle évoquée, et non négligée, par les défenseurs du sionisme politiques et les Congrès sionistes.
 
Il souligne le paradoxe de Brith Chalom, influencé par une morale chrétienne : une faiblesse numérique inversement proportionnelle à son influence durable, déterminante, depuis près d’un siècle, en politique par le « faux messianisme de la paix » via La Paix Maintenant (Shalom Akhshav), les accords d'Oslo ou Kadima, dans les universités, notamment l’université hébraïque de Jérusalem, dans les médias, via le quotidien Haaretz, dans l’émergence d’une Cour suprême niant la séparation des pouvoir à la suite de la « révolution constitutionnelle » du juge Aharon Barak glosant sur un « Etat juif et démocratique » , dans la société en raison d'ONG - Breaking the silence, B'Tselem - ou d'associations - New Israel Fund - stipendiées notamment par des Etats européens, l'Union européenne (UE) ou des fondations étrangères (Ford Foundation), dans les attaques frontales contre Israël par le boycott. Et ce, bien que cette idéologie hostile au judaïsme, à un Etat juif, soit rejetée par une majorité d’Israéliens.

Figures de proue de cette utopie à la « morale sacrificielle contemporaine et à l'identité du ressentiment » (Shmuel Trigano) : des écrivains - Avraham B. Yehoshua, Amos Oz, David Grossman - ou artistes - Amos Gitai - israéliens pacifistes naïfs, drapés dans une posture morale dédaigneuse.

Dans la mire de cette prétendue élite gauchiste post-sioniste : les Orientaux, puis les Juifs orthodoxes et les habitants des villes ou villages de Judée et de Samarie. 
 
Ce qui induit un désarmement moral, spirituel - interdiction de toute réflexion sur le droit de la guerre selon la loi juive -, politique et militaire israéliens faute pour les gouvernements israéliens d'avoir imposé le narratif israélien, un dévoiement ainsi qu'un délitement de la démocratie en Israël, et fragilise la défense de l’Etat juif par son armée. Auteur de « Pour Allah jusqu’à la mort. Enquête sur les convertis à l’islam radical », Pierre Lurçat illustre sa thèse en analysant les pressions excessives imposées à Tsahal, notamment lors des opérations Plomb durci ou Bordure protectrice, et réfutées par des experts occidentaux.
 
Un livre à méditer, précieux aussi en ce qu'il met à la disposition des lecteurs francophones les analyses pertinentes de chercheurs israéliens.
 
LIRE LA SUITE SUR LE BLOG DE VERONIQUE CHEMLA
 
Repost 0
lettresdisrael.over-blog.com
commenter cet article
17 mars 2017 5 17 /03 /mars /2017 15:34

Lors d’une visite récente au cimetière de Kinneret, un des plus beaux endroits d’Israël, j’ai découvert la tombe de l’écrivain Aharon Megged. Megged (1920-2016), décédé il y a un an, est sans doute un des plus grands écrivains israéliens contemporains, même s’il est moins connu en Israël même, et surtout à l’étranger, que d’autres écrivains comme Amos Oz ou David Grossman. Sans doute cela tient-il au fait qu’il est devenu un outsider au sein de l’establishment culturel, après avoir dénoncé, comme nous allons le voir, la “propension au suicide” des intellectuels de la gauche israélienne.

 

Né en Pologne en 1920, Aharon Megged est monté en Israël avec ses parents en 1926. Son père, qui était enseignant dans un lycée hébraïque en Pologne, est devenu le premier instituteur du village de Raanana, où il s’est installé avec sa famille. La ville florissante, très prisée aujourd’hui des francophones, était à l’époque un hameau peuplé de 30 à 40 familles, dont les petites maisons bordaient la rue principale… C’est de son père qu’Aharon Megged a hérité l’amour des livres et de la littérature. Membre du kibboutz Sdot Yam pendant 12 ans, il fonde avec un groupe d’amis écrivains le magazine littéraire Massa, étendard de la jeune littérature israélienne des années 1950, dont il est le rédacteur en chef pendant une quinzaine d’années. En 1968, il est envoyé à Londres en tant qu’attaché culturel de l’ambassade d’Israël.

medium_Aharon_Megged.jpg

 

Auteur de 35 livres - dont une vingtaine de romans, ainsi que des nouvelles et pièces de théâtre - Aharon Megged est un des principaux romanciers israéliens contemporains. Son oeuvre lui a valu plusieurs prix prestigieux, dont le Prix Bialik (1974), le Prix Agnon et le Prix d’Israël de Littérature en 2003. Ses livres sont traduits en plusieurs langues dont le français. Aharon Megged est le père de l’écrivain Eyal Megged, marié à Zeruya Shalev. Parmi les romans de Megged traduits en français, on peut mentionner Derrière la tête (Phébus 1996), Le Chameau volant à la bosse d’or (Métropolis 1997), et Le poids de l’innocence (Bibliophane – Daniel Radford 2003).

 

Le poids de l’innocence raconte une journée de la vie d’un sexagénaire, ancien bibliothécaire tout juste parti en retraite, qui erre désoeuvré dans les rues de Tel Aviv. Au fil de sa promenade, sans but précis, il se remémore les moments clés de son existence : sa rencontre avec sa femme, Ronyah, rescapée de la Shoah ou la mort de son frère cadet Hilik, tombé pendant la guerre des Six Jours lors des combats sur la colline des Munitions. L’humour d’Aharon Megged a été comparé à celui du romancier américain Philip Roth, mais il y a beaucoup moins de cynisme chez Megged, dont les héros sont décrits avec tendresse, même avec leurs faiblesses et leurs côtés ridicules. On retrouve dans Le poids de l’innocence, tout comme dans Le Chameau volant à la bosse d’or, l’ironie caractéristique de Megged et le thème de la littérature.

 

Dans Le chameau volant à la bosse d’or, un écrivain voit sa vie perturbée par l’arrivée dans son immeuble d’un critique littéraire, qui emménage dans l’appartement au-dessus de lui. Kalman Keren, nourri de littérature française classique et traducteur en hébreu de Rabelais, rêve d’écrire le livre ultime, dont il n’a pour l’instant rédigé que 22 pages en tout et pour tout… A travers cette évocation caustique de la relation entre l’écrivain et le critique, Aharon Megged dresse un portrait plein de drôlerie des relations de voisinage dans un immeuble typique de Tel Aviv.

 

Megged contre la trahison des clercs israéliens

Membre du Parti travailliste pendant plusieurs décennies, Aharon Megged a pris position très fermement contre le courant post-sioniste et contre les dérives de l’intelligentsia israélienne en proie à un syndrome autodestructeur. Dans un article publié en 1994 dans le quotidien Ha’aretz, après les accords d’Oslo, intitulé “La propension israélienne au suicide”, Megged définissait ainsi ce phénomène unique dans toute l’histoire humaine : « une identification émotionnelle et morale de la majorité de l’intelligentsia israélienne avec des gens qui oeuvrent ouvertement à notre destruction ».

 

Il est regrettable que ne soient traduits en français à ce jour que les romans les plus récents d’Aharon Megged, et non ses précédents livres, qui reflètent la transformation d’Israël dans les années cinquante, d’une société pionnière aspirant à l’égalité en une société établie accueillant les vagues d’émigration en provenance d’Europe et des pays arabes. De son propre aveu, Megged tire la matière de son oeuvre de la « poussière de cette terre, ancienne, biblique et nouvelle, pétrie de contradictions et pleine de complexités, objet de guerres perpétuelles et de menaces existentielles ».

Pierre Lurçat

NB je donnerai mardi 21 mars à 20h30 une conférence à Paris sur mon dernier livre, La trahison des clercs d’Israël, paru à La Maison d’Edition.

 

Repost 0
lettresdisrael.over-blog.com
commenter cet article
24 février 2017 5 24 /02 /février /2017 10:26

N.d.R. Dans la profusion d’ouvrages parus depuis le 11 septembre 2001 sur le thème de l’islam radical, certains étaient des pamphlets ou des livres d’humeur, tandis que d’autres sortent du lot par la justesse de leur analyse ou par la prescience de leurs pronostics. Celui de Paul Landau appartient sans aucun doute à cette dernière catégorie. Ecrit à une époque où le phénomène des convertis à l’islam radical et au djihad était encore marginal, il décrit de manière prémonitoire l’explosion actuelle des conversions et du recours de l’Etat islamique aux djihadistes d’origine occidentale. Neuf ans après sa parution, Evelyne  Tschirhart a relu Pour Allah jusqu’à la mort.

 

Résultat de recherche d'images pour "paul landau pour allah jusqu'à la mort"Ce livre n’est pas récent puisqu’il fut publié en 2008. Pourtant  il est d’une brûlante actualité. Il s’agit de la description et de l’analyse  minutieuse et fort  bien documentée, concernant les jeunes convertis qui finissent  par s’engager dans le djihad, dans tous les pays européens et aux EU ou en Australie.

Ce livre est mené comme une enquête, ce qui le rend facile à lire et passionnant.

Qui sont ces jeunes ? Pourquoi se convertissent-ils ? Pourquoi vont-ils jusqu’à tuer et se sacrifier pour le djihad ?  Autant de questions brûlantes dont on cerne bien des éléments de réponse mais où il reste, cependant, une part d’inconnu.

Bien sûr, nos sociétés n’apportent plus grand-chose de spirituel pour nourrir cette quête du sens présente chez les jeunes. Sens qu’ils ne trouvent ni dans leur religion (quand ils en ont une), ni dans la famille, lorsque celle-ci se désagrège trop souvent, ni dans l’autorité parentale qui s’est largement émoussée avec  l’idéologie de permissivité et de droits de l’enfant,  sans que les devoirs soient jamais évoqués. Quant à l’école, elle n’apprend plus rien et la transmission des connaissances : de la littérature, de la philo et de l’histoire  a été  remplacée par un saupoudrage sans chronologie, sans soubassement  solide et surtout remplacée par un catéchisme des droits de l’homme.

Mais, comme le constate l’auteur à travers l’itinéraire des convertis à l’islam, cela ne suffit pas à expliquer pourquoi ces jeunes s’embarquent dans une religion – certes accueillante, mais qui les mène, généralement à un radicalisme  que rien ne laissait  imaginer. (Il y a une série TV américaine : « Sleeper cell » qui montre bien comment des jeunes se convertissent puis se sacrifient en tuant le maximum de gens au cours d’un terrible attentat. Elle est passée en France il y a quelques années mais  n’a pas fait beaucoup de bruit et, lorsque je me trouvais aux USA en 2008, j’en avais parlé à de jeunes  Américains qui disaient  que c’était  exagéré et surtout anti-islam) !

Pour enrôler des jeunes en mal de sens, ou d’aventures ou parce qu’ils sont influencés par des copains,  il faut  qu’ils trouvent devant eux une idéologie forte et convaincante : celle de l’islam ou de l’islamisme. (Personnellement je ne vois pas la différence car l’islamisme n’est-il pas la partie émergée de l’islam ? Je ne veux pas dire par là que tous les musulmans sont des terroristes, bien sûr, mais il est évident qu’ils ont beaucoup de mal à s’opposer à l’islamisme.)

À l’époque de ma jeunesse, comme celle de nos parents, il y avait  la possibilité de croire en un monde meilleur grâce au communisme. On a vu les résultats et on a vite déchanté des lendemains qui chantent. Et puis, après la guerre, peu étaient prêts à prendre les armes.

Une question se pose : quand on voit, comme l’expose l’auteur de façon  très claire que depuis plusieurs décennies, l’islam se répand dans nos banlieues  et dans l’Europe entière, on est effrayé de constater que rien n’est fait pour freiner une islamisation de plus en plus visible parce qu’il se veut visible. Paul Landau le souligne : s’il n’y avait pas des salafistes embusqués un peu partout, des mosquées politiquement actives, il n’y aurait pas beaucoup de convertis et de postulants au djihad.

Il est donc urgent de prendre des  mesures drastiques et j’ajoute qu’un tel livre permet à ceux qui sont encore ignorants de réfléchir aux conséquences prévisibles de ces conversions qui se multiplient. Or cela ne semble pas vraiment interroger ceux qui nous gouvernent. Mais doit-on s’étonner ?

J’ai été particulièrement intéressée par le passage sur les convertis Allemands. Il se trouve que j’étais à Berlin en juin dernier, chez des amis et  J’ai été frappée par l’engouement de certains pour des réfugiés Syriens mais aussi Ouighours dont ils s’occupent ; il semble qu’ils soient les nouveaux damnés de la terre pour ces intellectuels en mal de cause à servir. Ils étaient évidemment tout à fait d’accord avec la politique « suicidaire » d’Angela Merkel.  La culpabilité allemande (des parents) doit-elle conduire à un tel aveuglement, une telle haine de soi ? Au train où vont les choses, les conversions  vont exploser.

Or se préparaient déjà en 2007, en Allemagne, des attentats de grande envergure contre une caserne américaine par des convertis allemands de souche. Les terroristes furent arrêtés avant  la mise à exécution de leur projet mais la population allemande commençait dès lors à prendre conscience  du danger terroriste sur son propre territoire. Et Paul Landau de s’interroger : « comment expliquer que  des jeunes Allemands, Français, Américains décident de se convertir précisément au moment où  l’image de l’islam n’a jamais été aussi mauvaise, et où il devient beaucoup moins confortable d’être musulman en Occident ? » C’est une question à laquelle l’auteur tente d’apporter des éléments d’élucidation dans la seconde partie  de l’ouvrage.

Le passage où il est question des femmes d’origine musulmane qui s’engagent dans le djihad est aussi bien vu. Il s’explique certainement en grande partie par  l’infériorité dans laquelle les femmes sont  tenues dans les pays arabo-musulmans, mais aussi et de plus en plus, dans les banlieues des villes européennes. On comprend que ce soit  un moyen pour elles  de « s’émanciper » de trouver, même au prix de la mort, cette égalité qui leur est refusée. C’est cher payé !

L’auteur balaie l’idée reçue  que les djihadistes  seraient des désespérés,  des incultes, des dérangés mentaux, comme on tend à le faire croire encore aujourd’hui dans la presse qui s’efforce de trouver des circonstances atténuantes à ces criminels. Cela a été parfaitement démontré lorsqu’on a eu connaissance du pedigree de ceux qui ont commis les attentats du 11 septembre ou celui de Casablanca, sans parler de ceux qui se sont déroulés récemment en Europe.

L’analyse du désir de reconquête  d’une Andalousie mythique est aussi très instructive. J’ignorais, par exemple, que le nombre de convertis était aussi important en Espagne qui fut islamisée pendant huit siècles. Il s’agit là, comme le dit l’auteur, d’un enjeu symbolique. On apprend que « le thème du retour de l’islam en Espagne est omniprésent dans le discours islamique contemporain, et les convertis y occupent une place importante ». Selon Paul Landau, « l’Arabie saoudite, n’a pas ménagé ses efforts pour exercer une influence et promouvoir le retour de l’islam en terre hispanique. » Une communauté musulmane a été formée à Cordoue, à Grenade qui comptent un nombre croissant de convertis. On peut donc penser que cette « reconquête » est en marche.

Dans un chapitre très important : « les convertis, maillon essentiel de la stratégie islamique », Paul Landau analyse avec acuité l’importance de la conversion pour le projet totalitaire islamique. Si durant les conquêtes musulmanes, dès  la période de la Mecque, les mécréants étaient convertis de force, ils pouvaient garder la vie s’ils payaient  l’impôt ; s’ils refusaient et la conversion et l’impôt, ils étaient tués.

Enfin, dans le chapitre : « la double conversion des convertis à l’islam radical », Paul Landau explique que si tous les convertis ne deviennent pas djihadistes, beaucoup passent à l’étape suivante parce qu’ils trouvent sur leur chemin, par des rencontres ou dans certaines mosquées, des gens qui leur font franchir l’étape suivante, à savoir l’adhésion au projet politique de l’islam conquérant.

J’ai lu pas mal de livres sur l’islam, le monde arabo-musulman : Bat Ye’or, Alexandre del Valle, Anne-Marie Delcambre etc, et je pense que le livre de Paul Landau a le mérite rare de nous donner une vision claire du phénomène djihadiste chez les convertis. C’est un livre bien construit, très pédagogique qui nous offre une vision claire, documentée, analysée, mais sans  conclusions définitives, même si on suit  aisément la  pensée de l’auteur. Ce livre est d’autant plus important qu’il s’intéresse à un phénomène qui n’est pas en passe de s’arrêter. On est effrayé de constater que le monde occidental est attaqué par une pieuvre tentaculaire qui avance lentement mais sûrement. Ce qui est angoissant c’est que, malgré le travail considérable des Services de renseignement, notamment en France, nos hommes politiques continuent à mettre la tête dans le sable.

Aujourd’hui, le Figaro du 22/02/2017, titrait : « La politique de dé-radicalisation est un échec ». Selon deux sénatrices, Esther Benbassa et  Catherine Trohendlé, sur le « de-endoctrinement, le de-embrigadement et réinsertion des djihadistes  en France et en Europe, » témoigne de l’échec des politiques publiques nationales menées depuis trois ans maintenant. Des échecs dus au choix  et à la mise en œuvre des programmes, mais aussi au fait que passé un certain stade de la radicalisation islamiste, le chemin de retour est impossible. »

Ce constat n’a rien de surprenant. Nous sommes toujours dans la perspective absurde de la rééducation. On ne peut que conseiller à tous les adeptes de la « désintoxication » pour les salles de shoot, de la dé-conversion, pour les convertis à l’islam de lire le livre de Paul Landau, d’une brûlante actualité, et de réfléchir, tant qu’il est encore temps – mais il est peut-être déjà trop tard, à mettre un coup d’arrêt à cette immigration musulmane si l’on ne veut pas devoir se convertir de force.

 

Paul Landau, Pour Allah jusqu’à la mort, enquête sur les convertis  à l’islam radical. Ed. du Rocher 2008.

 

 
Repost 0
lettresdisrael.over-blog.com
commenter cet article
21 février 2017 2 21 /02 /février /2017 14:09
EN LIBRAIRIE - Les Harmoniques de Gérald Tenenbaum

Présentation de l'éditeur

À travers une fine brume, la lumière oscille sur la lagune de Venise. Un homme fait les cent pas devant le débarcadère du vaporetto. Une femme en descend. Un rendez-vous pour deux, mais ce sont quatre destins qui s'entrecroisent...

En plusieurs temps et plusieurs lieux, la trame d'une histoire plurielle se tisse dans ce roman chatoyant. Certains personnages se connaissent, s'aiment parfois. Quelques-uns se manquent de peu. D'autres ne se croiseront jamais. Chacun nous touche dans sa vérité.

Toutes les disparitions ne se valent pas. Cependant, toutes se répondent dans les harmoniques d'un vaste concerto silencieux recouvrant le temps humain comme un édredon de plumes.

Un voyage initiatique de France en Argentine où, d'amour en amitié, entre quête et nostalgie, le lecteur apprendra que les sentiments, comme les ondes, peuvent résonner entre le fini et l'infini.
 

Biographie de l'auteur

Gérald Tenenbaum est mathématicien et écrivain. Il a déjà publié plusieurs romans dont, chez Héloïse d'Ormesson, Souffles couplés, L'Affinité des traces et L'Ordre des jours (L'Aube, 2017).
Repost 0
lettresdisrael.over-blog.com
commenter cet article
20 février 2017 1 20 /02 /février /2017 09:55

2017, dernière chance avant le Grand Remplacement

Changer de peuple ou changer de politique ?

Renaud Camus
Entretiens avec Philippe Karsenty

Fantasme ou réalité, concept ou phénomène observé, le Grand Remplacement, néologisme forgé par Renaud Camus, serait la substitution progressive, en quelques décennies, de la population historique de notre pays par des populations issues de l’immigration, majoritairement extra-européenne. Le Grand Remplacement est contesté par une grande partie des politiques et des médias français mais il est en même temps de plus en plus dénoncé par l’opinion publique. Remplacement, remplacés, remplaçants, Renaud Camus s’explique tout en démasquant les complices de ce processus : médias, politiques, sociologues et intellectuels.

Pour Renaud Camus, Le Grand Remplacement est une réalité dangereuse qui doit être combattue, au même titre que les grands mythes historiographiques qui le rendent possible. Ce livre d’entretien permet de comprendre et appréhender ce qui se déroule sous nos yeux depuis plusieurs décennies en France, et plus généralement en Europe.

Dans ce livre corrosif, Renaud Camus répond aux questions de Philippe Karsenty.

Intellectuel français souvent classé à la droite de la droite, Renaud Camus affirme que son idéal culturel, politique et civilisationnel est Winston Churchill. Auteur du néologisme politique « Le Grand Remplacement », il est souvent contesté mais ne laisse jamais indifférent.

Editeur, homme d’affaires et élu français, Philippe Karsenty participe aux débats politiques français et internationaux depuis le début des années 2000.

http://lamaisondedition.com/#grand-remplacement

 

En librairie le 2 mars 2017
Disponible dès maintenant ici.

Repost 0
lettresdisrael.over-blog.com
commenter cet article
19 février 2017 7 19 /02 /février /2017 11:04

Présentation de l'éditeur (PUF) :

 

La question juive des modernes
La question juive des modernes
Philosophie de l'émancipation
Aucun commentaire pour le moment
Collection: 
Discipline: 
Catégorie: 
Livre
Date de parution: 
25/01/2017
 

Depuis l’entrée dans l’âge moderne de l’émancipation, c’est-à-dire depuis l’époque des Lumières et de la Révolution française, on admet en général que les juifs ont brisé un carcan qui les confinait dans des communautés fermées pour participer à la modernité européenne sans se renier et tout en restant juifs. Comment ce cheminement a-t-il eu lieu ? Qu’a-t-il réellement impliqué, à la fois pour les juifs et pour les sociétés auxquelles ils s’intégraient ? Bruno Karsenti reprend le fil de ce récit. Sous l’angle philosophique, il examine les opérations intellectuelles par lesquelles certaines figures d’exception – écrivain (Heine), sociologue (Durkheim), historiens (Salvador, Bloch), philosophe (Strauss) et linguiste (Benveniste) – sont entrées dans cette modernité, au prix de quelles tensions et de quels efforts : comment ces hommes ont-ils pensé les liens entre judaïsme et modernité, et comment par là ont-ils éclairé les principes des sociétés démocratiques qui sont aujourd’hui les nôtres ?
À l’heure où les juifs d’Europe sont inquiets de leur avenir jusqu’à être parfois poussés au départ, à l’heure aussi où théologie et politique, loin de régler leurs rapports, se conjuguent en menace pour les démocraties elles-mêmes, ce livre cherche à redonner tout son sens à l’émancipation sociale et politique qui est notre héritage.

Sommaire

 

Introduction

 

Chapitre I – Ni évaporés, ni gelés. L’émancipation et son reste
Comment participer ? L’émergence du problème
L’État juif
L’individu juif
Le problème social
La question juive au-delà de Marx

 

Chapitre II – Le rêve d’Israël de Joseph Salvador
Le juif de la périphérie
Le rêve européen d’Israël
La loi depuis la Révolution
Monothéisme
Scepticisme et espoir
Moïse législateur

 

Chapitre III – Deux peuples, une langue : digression de Freud a Heine
Le peuple duel
La « complémentation glissante »
L’Allemagne en sa langue
Révolution
Le spectre de l’Europe
Résolution littéraire

 

Chapitre IV – Lazare et Job. La souffrance des juifs modernes
Révolution juive et révolution mondiale
Job le paria
L’éternelle persécution
Lire Job en moderne
La fable des nation

 

Chapitre V – Durkheim et le judaisme. Un dilemme moderne
Faux problème, vraie question
L’assimilation bloquée
Le judaïsme à la lumière du Suicide
L’idéal moral d’une société
L’individu à deux étages
Intellectualité non juive
Une voie juive et ses écueils
Le tact de Halbwachs
Ultime singularité

 

Chapitre VI – Leo Strauss, l’élection et la loi. Problème humain et question juive
L’élection des juifs
Métaphores d’élection
Libéralisme ?
Émancipation et confusion
Assimilation
Le sionisme
Spinoza clarificateur
Nouveau retour
Le juif moderne et la loi
Peuple élu, juif non élu

 

Chapitre VII – Marranisme. La faute politique de la langue
Unir les juifs. Du problème à la question
Ressemblance et identité
La question juive « par excellence »
Honneur et honte
Pronoms personnels
« Eux » les juifs, comme moi
Les modernes et le cri d’Énée
La question juive, finalement

Repost 0
lettresdisrael.over-blog.com
commenter cet article
18 février 2017 6 18 /02 /février /2017 16:55

Il y a presqu’un an que je n’étais pas retourné en Galilée. A l’époque, juste avant Pessah, nous avions séjourné au kibboutz Lohamé Hagetaot, étions passés par Rosh Hanikra, avant de monter jusqu’à Méron et Rosh Pina. A présent, une semaine avant Tou Bishvat, nous sommes partis passer le shabbat au-dessus de Rosh Pina, à Mitspé ha-Yamim.

Le samedi matin, nous visitons la ferme organique en compagnie d'un guide, Hezi..

Il nous explique que chaque arbre ou plante a son prédateur, et comment sont employées des méthodes naturelles pour combattre ces derniers. Ainsi, un mélange végétal dont l’odeur évoque celle de la mouche femelle permet d’attirer les mâles dans des bouteilles en plastique qui se transforment en pièges mortels, les empếchant de dévaster les orangers et les pamplemoussiers.

 

 

 

Mahmoud, le paysan responsable de la ferme, dont le visage me fait penser à celui d’Anthony Quinn dans Zorba le Grec, montre avec fierté les salades organiques qu’il fait pousser à flanc de colline, ce qui ne va pas de soi, car la terre aride est pleine de cailloux qu’il fait sortir avec sa charrue mécanique (l’utilisation du tracteur étant prohibée) et enlève à la main. Hezi, notre guide, nous emmène ensuite dans l’étable et dans l’enclos des chèvres, dont le lait donne des fromages qui sont fabriqués sur place, comme la plupart des aliments consommés à Mitspé ha-Yamim.


 

A la fin de notre excursion, Hezi conclut la visite par une touche plus personnelle. “Je fais partie d’une organisation pas très sympathique, Yad Lebanim. Mon fils aîné est en effet tombé pendant la Deuxième Guerre du Liban…” Il nous invite à visiter le mémorial qu’il a créé en souvenir de son fils, Nimrod Segev, tombé avec ses trois camarades d’équipage. Je réalise en l’écoutant que je connais ce mémorial, où j’étais l’année passée. J’étais alors tombé par hasard sur ce lieu de mémoire, et voilà que le hasard me fait rencontrer le père de Nimrod…

 

En rentrant à Jérusalem, par la route de la Beqa’a, nous nous arrếtons sur la tombe de Rahel la poétesse, au bord du Lac de Tibériade. Le petit cimetière, surplombant le lac, est un endroit magique, où reposent, outre Rahel, de nombreux pionniers de la deuxième alyah, mais aussi des habitants de Tel-Aviv exilés sur ordre de la puissance ottomane pendant la Première guerre mondiale. (On peut aussi y trouver la tombe de Naomi Shemer, et celle, récente, de l’écrivain Aharon Megged).

 

 

Rahel, dont le destin tragique se reflète dans sa poésie - devenue récemment accessible au public francophone graĉe au talent du traducteur Bernard Grasset - avait exprimé la volonté d’être inhumée près du lac de Tibériade (תִּתְּנִינִי, כִּנֶּרֶת - לָנוּחַ בְּבֵית-קִבְרוֹתַיִך), où elle avait connu les jours les plus heureux de sa vie, dans son poème אִם צַו הַגּוֹרָל, comme je l’ai relaté ailleurs.

 

 

On comprend, en déambulant parmi les tombes du petit cimetière de Kinneret, pourquoi elle avait souhaité trouver ici le repos éternel. Dans un de ses poèmes les plus connus, elle évoque le spectacle du Hermon, depuis Tibériade, un des plus beaux paysages de notre petit-grand pays.

 

Tibériade

Là les hauteurs du Golan, tends la main, effleure-les !

à travers un sûr silence, elles intiment l’arrêt.

En rayonnante solitude dort l’antique Hermon

Et le Pisgah immaculé forme rempart.

Là au bord du lac, il y a un palmier au feuillage tombant,

Chevelure dénouée ainsi qu’un enfant rebelle,

Dévalant la pente et au sein des eaux de Tibériade

Baignant ses pieds.

Combien se fortifient les fleurs en hiver près du krak,

Le sang de l’anémone, l’or du safran.

Il y a des jours où l’herbe devient sept fois plus verte,

Soixante-dix fois se parfait le bleu clair dans le firmament.

Même pauvre, allant humblement,

Le cœur meurtri par l’exil,

Te trahirai-je, oublierai-je

L’amour du printemps de ma vie ?

 

                                                           Tel-Aviv, 1927.

 

Texte © Editions Arfuyen (traduit de l’hébreu par Bernard Grasset)

 

Repost 0
lettresdisrael.over-blog.com
commenter cet article
15 septembre 2016 4 15 /09 /septembre /2016 08:36
Pour sa première édition, Lettres d’Israël fait la part belle aux écrivains !

On (re)découvrira des auteurs majeurs – Amos Oz, Meir Shalev, Eshkol Nevo, Orly Castel-Bloom, le poète Ronny Someck – venus présenter leurs derniers ouvrages, et une révélation, la jeune Ayelet Gundar-Goshen, auteure d’un premier roman magistral, unanimement salué par la critique.
Dédiée à la traduction, la soirée d’inauguration aura lieu lundi 26 septembre à la Société des Gens De Lettres, Hôtel de Massa, autour de Meir Shalev.

 
Crée en 2016, le festival Lettres d’Israël est proposé par le service culturel de l’ambassade d’Israël en France.
Repost 0
lettresdisrael.over-blog.com
commenter cet article
25 septembre 2015 5 25 /09 /septembre /2015 08:58
Littérature et politique en Israël (2) : Rencontre avec David Grossman, par Pierre Lurçat

La salle du MAHJ était comble, quelques jours avant Rosh Hachana, pour accueillir l’écrivain israélien David Grossman, de passage à Paris pour présenter son dernier livre, Un cheval entre dans un bar. Quelques jours auparavant, il avait donné une longue interview au Monde des Livres, dans laquelle il parlait de ses livres, de la littérature et de ses rapports avec la politique en Israël et du thème du deuil omniprésent dans ses livres, depuis la Deuxième Guerre du Liban durant laquelle est tombé son fils Ouri.

En tant qu’Israélien, j’étais heureux de voir l’accueil réservé à Grossman, même si mes sentiments à son égard sont partagés. Il représente à mes yeux toute l’ambivalence de la littérature israélienne contemporaine, dont le succès à l’étranger n’est jamais totalement exempt de considérations politiques. Autant j’avais admiré Grossman quand il avait refusé de serrer la main du Premier ministre Ehoud Olmert, au lendemain de la guerre du Liban, autant j’avais critiqué sa prise de position contre Binyamin Nétanyahou sur la question de l’Iran et de l’arme nucléaire *.

Grossman demeurait à mes yeux le troisième écrivain de la « Sainte Trinité » avec A.B. Yehoshua et Amos Oz. Mais ce soir-là j’étais venu écouter ce qu'il avait à dire avec une oreille et un esprit exempts de tout préjugé. L’entretien était mené par la journaliste Emilie Grangeray, du Monde magazine, qui connaissant bien David Grossman, comme elle ne manqua pas de le montrer avec ostentation, tutoyant l’écrivain et s’adressant à lui tantôt en français (par l’intermédiaire de la traductrice), tantôt en hébreu.

Grossman expliqua comment il avait été amené à écrire ce livre, à partir d’une idée qui l’habitait depuis plus de 25 ans, mais qu’il n’avait pu mener à son terme : celle d’un jeune garçon à qui on annonce qu’un de ses parents est mort et qui ne sait pas lequel et demeure dans l’incertitude pendant toute la durée du voyage jusqu’au cimetière. Le thème du deuil annoncé et dont le personnage cherche à retarder l’échéance est évidemment celui de son livre Une femme fuyant l’annonce, publié après la Deuxième Guerre du Liban.

Dix ans après la perte de son fils, le thème de la mort et du deuil demeure ainsi omniprésent dans l’œuvre de Grossman, comme si l’écrivain revenait sans cesse, par le truchement de l’écriture, à ce moment fatidique où il a perdu son fils. Dans un très beau documentaire de la télévision israélienne, diffusé quelques années après cette guerre, on voyait comment les parents des quatre soldats tués dans le même tank qu’Uri Grossman avaient voulu perpétuer, chacun à sa manière, la mémoire de leur fils. Dans le cas de Grossman, c’est évidemment par l’écriture que s’est fait le travail de mémoire.

Mais il serait réducteur de voir le livre de Grossman uniquement sous cet angle. Il aborde bien d’autres sujets, comme celui qu’il évoqua devant le public parisien des existences parallèles de ces êtres qui semblent vivre une autre vie que la leur, parce qu’ils ne sont pas à leur place dans leur métier ou dans leur couple.

De politique, il ne fut quasiment pas question ce soir-là, et ceux qui escomptaient entendre l’écrivain israélien critiquer la politique israélienne dans les « territoires » ou ailleurs restèrent sans doute sur leur faim… Peut-être était-ce la leçon principale de cette rencontre intéressante : au-delà des mots convenus et cent fois répétés, et de la figure esquissée par les médias européens qui adulent l’écrivain pacifiste, David Grossman apparut sous un jour différent, celui d’un écrivain tissant son œuvre dans le territoire de l’âme humaine et pas dans ceux, trop souvent occupés par le brouhaha médiatique, de la politique moyen-orientale.

Pierre Lurçat

* http://vudejerusalem.20minutes-blogs.fr/archive/2012/04/11/le-fil-invisible-entre-gunter-grass-et-david-grossman-pierre.html

Repost 0
lettresdisrael.over-blog.com
commenter cet article
6 septembre 2015 7 06 /09 /septembre /2015 20:07

Dans une interview donnée il y a quelques semaines au journal Olam Katan, publié à Jérusalem, l’écrivain Meir Shalev déclarait : « La littérature n’a plus aujourd’hui d’influence sur la politique en Israël ». Avec franchise, il reconnaît ainsi que son activité de publiciste et les articles qu’il publie dans Yediot Aharonot depuis plus de 20 ans ne convainquent que les convaincus, et qu’il n’exerce aucun « magistère moral », brisant ainsi le stéréotype de l’écrivain israélien engagé, que les médias ont bâti depuis plusieurs décennies autour de certains auteurs, parmi lesquels Amos Oz, A.B. Yehoshua et David Grossman.

 

 

Meir Shalev est né en 1948 à Nahalal, fameux moshav de la vallée de Jezréel où habita Moshé Dayan et où étudia la poétesse Hanna Senesh, tragiquement disparue pendant la Deuxième Guerre mondiale. Shalev appartient à une famille d’écrivains : son père, Itshak Shalev, était un poète et sa cousine est l’écrivain Zeruya Shalev, qui m’avait déclaré dans une interview il y a quelques années ne pas vouloir mêler la politique et la littérature et dont l’œuvre explore surtout les territoires de l’âme humaine*.

Shalev est un écrivain engagé qui s’exprime régulièrement sur les sujets brûlants de la politique israélienne, revendiquant des opinions de gauche très marquées sur la question des territoires et de la question palestinienne. A cet égard, il est très éloigné des idéaux de son père, qui faisait partie du Mouvement pour l’Intégrité de la Terre d’Israël, aux côtés des écrivains Nathan Alterman et Moshé Shamir (lequel n’a pratiquement pas été traduit en français).


A l’instar d’Amos Oz, qui appartenait à une famille sioniste révisionniste (son oncle était l’historien Joseph Klauzner, comme il l’évoque dans son beau livre autobiographique, Une histoire d’amour et de ténèbres), Shalev a effectué un virage à 180 degrés par rapport à la génération de ses parents. Paradoxalement, les écrivains de la génération des pères (Shalev père, Alterman) exerçaient, eux, une véritable influence politique en Israël.

Comme le reconnaît Shalev, « Lorsqu’Alterman publiait un poème politique, tant Ben Gourion que Moshé Dayan étaient influencés par ce qu’il écrivait… Lorsqu’il a publié des propos critiques contre des soldats qui avaient attaqué des civils, les coupables ont été punis… » Cet exemple est révélateur, parce qu’il contient sans doute une raison de la perte d’influence des écrivains israéliens sur la politique intérieure du pays.


Quand Alterman s’élève contre un acte de violence à l’encontre de civils commis par des soldats, il exerce son autorité morale, sans remettre en cause les prérogatives de l’armée, au nom du principe de « pureté des armes » inhérent à l’éthos sioniste de son époque. Tout autre est l’attitude d’Amos Oz ou de D. Grossman, lorsqu’ils se servent de leur notoriété politique pour exprimer des opinions critiques contre « l’occupation des territoires » ou la « colonisation » ; loin de renforcer la moralité de Tsahal en dénonçant d’éventuels dérapages (qui existent dans toutes les armées du monde), ils partent du postulat que toute action militaire israélienne est suspecte a priori et que « l’occupation » corrompt l’armée et la société dans son ensemble depuis 1967.

La position assumée aujourd’hui par plusieurs écrivains israéliens, parmi les plus réputés en dehors d’Israël ressemble, de l’avis de Shalev, à celle des prophètes face au pouvoir politique dans la Bible. Or, « même à l’époque du Tanakh », écrit-il, « rares étaient les prophètes qui avaient une influence véritable… En général, le prophète occupe, à l’instar de l’écrivain, le rôle de l’opposant systématique… ». Le propos de Shalev infirme l’idée – trop souvent entendue – selon laquelle l’écrivain aurait quelque chose à dire sur les questions politiques, en tant qu’autorité morale incontestable. Aux yeux de Shalev, l’écrivain israélien n’assume aujourd’hui aucun magistère ; il a le droit de s’exprimer mais il prend le risque de ne pas être entendu et de parler dans le désert…


En vérité, si l’on poursuit la comparaison judicieuse faite par Shalev, les écrivains israéliens les plus adulés par les médias étrangers, en raison de leurs opinions politiques tout autant que pour leur œuvre littéraire, sont considérés comme des « prophètes » en dehors d’Israël, mais pas dans leur pays natal, où leurs opinions n’étonnent – et n’intéressent – presque plus personne… Comme dit le proverbe, Nul n’est prophète en son pays…


Au-delà des opinions politiques qu’il défend dans cette interview, Shalev exprime aussi son amour pour la langue hébraïque et pour le Tanakh. Extraits : « Je considère [la Bible hébraïque] comme le fondement de la culture à laquelle j’appartiens et de la langue dans laquelle j’écris. En outre, une des caractéristiques littéraires marquantes de la Bible est qu’elle ne s’aventure pas dans des descriptions psychologiques, comme celle dont la littérature moderne est friande. Elle ne décrit presque que des actes et des paroles… »

* http://vudejerusalem.20minutes-blogs.fr/archive/2007/12/27/zeruya-shalev-a-la-recherche-de-l-ame-humaine.html

 

© UPJF.ORG. Reproduction autorisée avec mention de la source et lien actif.

Natan Alterman et Moshé Dayan

Natan Alterman et Moshé Dayan

Repost 0
lettresdisrael.over-blog.com
commenter cet article